jeudi 9 novembre 2006

Bubba Ho-tep (Don Coscarelli, 2002)

Pour les nostalgiques de Phantasm (27 ans déjà) et de ses trois sequels, pour ceux qui ont toujours préféré Dar l'Invincible à Conan le Barbare, pour tous les happy fews de Frank Henenlotter, Brian Yuzna et autres yankees sauvages nourris au biberon des séries B déjantées et revendicatrices (tendance anarchiste), Don Coscarelli est de retour avec ce titre un peu ancien que quelques séances festivalières enthousiastes (Bruxelles, Gérardmer, Montréal, etc.) ont propulsé dans les salles (15 février 2006) puis en DVD (M6 Vidéo), au gré d'un bouche à oreille laudateur. Comme souvent chez cet auteur inventif qui s'avance plus ou moins masqué, le scénario délirant (Elvis Presley et John F. Kennedy vs La Momie, dans une maison de retraite de cambrousse !) dissimule des préoccupations sérieuses et tourmentées (ici une réflexion émouvante et très crue sur la vieillesse, le déclin et la mort, que les rebondissements grotesques de l'intrigue teintent d'une coloration tonale assez perturbante), montrant une nouvelle fois la vitalité subversive du cinéma fantastique, territoire affranchi où les grands désespérés peuvent s'en donner à coeur joie dans la peine.

La voix d'Elina

Hier soir au Studio des Ursulines se tenait la première séance du ciné-club objectif-cinema de l'année 2006-2007. On avait invité Elina Löwensohn, l'actrice gracile mais étonamment forte de Sombre de Philippe Grandrieux. Gracile et forte, c'est bien ce qui la caractérise. Elle est petite mais imposante. Sa voix est grave et claire, posée, sûre d'elle. Trois films étaient projetés : Histoire Tragique avec Fin Heureuse de Regina Pessoa, un film d'animation en noir et blanc où on ne sait pas trop finalement si c'est l'histoire qui est tragique ou bien la fin, pour lequel Elina a prêté sa voix de conteuse, une voix qu'elle a travaillé, modulé pour ne pas être la sienne sans être celle d'une enfant ; Kitchen d'Alice Winocour, où une jeune femme au foyer se met en tête de préparer le dîner dès le matin et se laisse submerger pour mieux refuser sa vie. Seule avec deux homards, Elina dévoile son caractère burlesque et tragique à la fois. Enfin, Simple Men de Hal Hartley, où Elina laisse deux traces indélébiles : sa frange très courte qui agrandit son front, et une chorégraphie qu'elle nous explique inspirée des danses africaines qu'elle étudiait, une scène où le geste se répète tout en se modulant. C'est drôle, mais c'est triste, et c'est parce que ça frôle la caricature que c'en est vraiment fort, l'amour, la haine, les autres.