Où va Yella ?

Jean-Marc Lalanne dans son compte rendu de la Berlinale (Inrocks n°587) consacre de très belles lignes à Yella de Christian Petzold présenté en compétition. Selon lui le film du réalisateur allemand s’inscrit dans la lignée du magnifique Montag d’Ulrich Köhler. (J’aimerais revenir sur Montag tellement ce film est beau). Yella ressemble à ce que décrit JML : une œuvre amère et brute, se situant dans des décors toujours semblables des chambres d’hôtel, peignant les règles obscures de la finance et décrivant les chemins des sentiments vénelés, tortueux, plus sombres encore. A bien des égards, le film de Petzold tant par son rythme, son image et son sujet, rappelle le très réussi Elle est des nôtres de Siegrid Alnoy… Petzold n’est pas le premier (ni le dernier) à décrire un monde désincarné. Dans Yella, désincarné serait l’ancrage, ce autour de quoi tout le film s’articule. Scénario désincarné, personnage désincarné pour un final… fantomatique. A la différence de Siegrid Alnoy, le parti pris du réalisateur est de faire croire à l’invraisemblable. Scène du début où l’on découvre la jeune femme (interprétée par Nina Hoss récompensée par l'Ours d'argent de la meilleure actrice) à moitié nue dans un train. Accident de voiture dont elle ressort avec ses talons aiguilles et sa valise en cuir… Faire en sorte qu’un scénario soit crédible peut être un moyen de faire oublier que le cinéma est un art(isanat) pour motiver, capter le spectateur… Mais où va Yella ? Chez son père ? Chez sons ex ? Dans une entreprise pour travailler ? Petzold peint avec un calme académique un monde dans lequel les relations entre son personnage principal et autrui relèvent d’une mécanique de l’artifice. Cette ambiguïté narrative, cette complaisance pour l’artifice au service d’une idéologie a-critique (on dira ce qu’on voudra de ce film) tend à devenir un tic au cinéma et instaure une espèce de néo-néo réalisme étrange. Les âmes perdues ronronnent-elles à défaut de pouvoir soigner leurs / nos angoisses.