Que voici un bon gros mélo, vrai de vrai avec tout pour plaire et pour pleurer, adapté à l'ancienne (après Garbo-Boleslawski en 1934) de Somerset Maugame (l'"écrivain pour dames"). Les bourgeoises frustrées londoniennes (double pléonasme) y fricotent illicite à même le baldaquin pendant que leur mari (ascétique, ténébreux) microscope moult microbes, l'adultère les rattrape et hop exit Big Ben pour la brousse via Shangai - la chromo ripoline : le vieux colonial alcoolique blasé (triple...) s'envoie une jeune niaque reconnaissante (parce que c'est un homme bon), le docteur cocufié reconquiert sa chérie en éradiquant le choléra (parce que...), les bonnes soeurs évangélisent, le militaire local roule des mines autochtones (pas gracieuses), la caméra inspirée glisse et reglisse sur la brume montagnarde, Alexandre Desplat (récent nominé aux Oscars) se prend pour Philip Glass période The Hours (B.O. Deutsche Gramophon). Seulement voilà, il y a Edward Norton, et là ce n'est pas rien : il survole cette bluette ampoulée comme un aigle une plantation de courges, incandescent, royal. Allez-y pour le voir, la fièvre chevillée au jeu, fatalement singulier.
P.S. : J'oubliais deux choses : l'héroïne se prénomme Kitty (joli corps harlequin de la pauvre Naomi Watts) ; quant à la Mère Supérieure, eh oui il s'agit bien de Diana Rigg, ce qui ne nous rajeunit pas ("Missize Peel, you're needed !").