Sa mort (crise cardiaque le 15 mars dernier) risque de passer inaperçue et pourtant c'est toute ma jeunesse en images magnétiques : Paul Newman (brun bronzé) détalant le long d'une voie ferrée, Robert Redford en taule à Wakefield (Arkansas), les bleeding walls d'Amityville, la fragile Margot Kidder face aux miroirs obscurcis, Paul Newman (poivre et sel) dans la "piscine où l'on se noie", et même Joanne Woodward quand elle s'appelle Iris. Evidemment, on pourra objecter qu'il a commis de grosses radouilles (Le Voyage des damnés, Avec les compliments de Charlie, Six hommes pour sauver Harry, signé Alan Smithee), que sa carrière ne ressemble à rien (il s'en foutait), qu'il y avait surtout Don Siegel, Peckinpah, Clint Eastwood. Certes... Alors peut-être revoir W.U.S.A, un pamphlet sacrément torché, Le Pape de Greenwich Village (émouvant, et avec Mickey Rourke), enfin, très méconnu, ce sévère Flic ricanant (curieusement oublié par Philippe Garnier dans sa nécro pour Libération) où Walter Matthau, toujours inoubliable, composait une de ces sales figures cyniques dont la série B urbaine des seventies avait le secret ; récouter ses BO, qui pulsaient modern style, du Schifrin, Michael Small ou Grusin - le tough guy avait du goût. Que reste-t-il des mavericks ?