jeudi 31 mai 2007

Les années lycée (Michael Corrente, 1999)

Sous ce titre bécassement télévisuel édité avec moult retard par TF1 Vidéo (voilà l'explication), se dissimule Outside Providence, un film fondamental pour l'analyse en profondeur de l'inspiration complexe des frères Farrelly. Adapté du premier roman autobiographique de Peter (l'aîné du duo) racontant, en un style très sombre, ses années d'étudiant au Kent College (Connecticut), mis en images par leur voisin et ami Michael Corrente (Federal Hill, American Buffalo) avec l'aide du brillant chef opérateur Richard Crudo dont les extérieurs expressionnistes restituent à merveille les états d'âme plombés des protagonistes, ce récit initiatique et odysséen (il quitte sa patrie, affronte le Monde, découvre l'amour et les dures réalités du déterminisme social, pour revenir au bercail, fortifié par l'expérience du voyage) fonctionne comme une matrice, un pattern personnel d'où jaillit la fiction, tant au niveau architectural (économie narrative, thématiques d'élection, mixage des genres et des tonalités) qu'à celui, décliné avec rigueur, de la composition pointilliste (lieux, personnages, péripéties, références, citations, habillage musical et sonore, etc.), son principal mérite étant d'agrémenter d'emblée l'oeuvre naissante d'une coloration résolument mélancolico-névrotique. Tout amateur convaincu de l'univers farrellien se doit donc de posséder cet opus fondateur, afin de constater définitivement que l'état de Rhode Island ne suscite pas que gaudriole et billevesées en cascade.

mardi 29 mai 2007

Super Nacho (Jared Hess, 2006)

"Voici Nacho, un héros moyen" (slogan de l'affiche) ; voici Super Nacho (en fait Nacho Libre), un film moyen. C'est dommage, parce qu'on voit bien où Jared Hess (auteur en 2004 du rigolo et émouvant Napoleon Dynamite) veut en venir, comment il se situe : quelque part entre Landis première période (Les Blues Brothers, évidemment, dont la référence tutélaire pèse sur notre appréciation, mais aussi les 3 Amigos, de kitschissime mémoire) et le cinoche populaire mexicain, Santo & C° dans leurs collants machos. Le résultat est malheureusement mou, sans rythme et modérément drôle, malgré Jack "Gras du Bas" Black qui s'est empiffré de tacos et burritos pour ressembler à un pur luchador huilé et épilé, de jolies couleurs ripolin et une musique ultra cinéphilique. De la citation sauvage il y en a d'ailleurs beaucoup, on sent qu'ils se sont bien amusés, mais ça ne fait pas un film (par exemple, Rock Academy du génial Linklater), ou alors une pochade sitôt vue épuisée - Jared et Jerusha (sa moitié scénaristique) devraient soigner leurs enchaînements avant de s'éclater en équipe ; le burlesque branquignol ne supporte pas l'approximation.