lundi 30 juillet 2007

R.I.P.

Je suis désormais assez vieux pour avoir vécu de nombreuses morts en direct (enfin, des morts qui comptent) : James Mason en juillet 84 (à la une de Libé sur une plage de Catalogne), Truffaut en octobre de la même année (je rendais visite à mon beauf hospitalisé à Tulle ; c'était la fin de journée), Cassavetes en février 89 (un matin dans le froid en promenant mon cocker), Bukowski en 94 (pendant le Festival du Film Social de Limoges dont j'étais le programmateur - le soir, on a passé Harlan County, USA puis Alambrista et j'ai dit quelques mots), Derrida en 2004 (j'aurais bien aimé l'interviewer). Bien d'autres encore (Marguerite, Barbara, et ça n'est que le début), enfin bref, chaque fois la même sensation, irrationnelle : on n'y a pas pensé, c'est comme ça, ils existent et on ne se pose même pas la question. Sauf qu'un jour, paf, tu allumes ton ordinateur, tu vas sur Internet et Bergman est mort. Eh bien non, je n'y avais pas pensé.

vendredi 27 juillet 2007

Breezy (Clint Eastwood, 1973)

Pour ceux qui pensent encore (et il y en a) que Clint Eastwood s'est bonifié sur le tard, voici l'occasion de réviser ses préjugés bobos en acquérant dare-dare l'édition DVD (après trente-cinq ans de purgatoire) du mélo dépressif sobrement intitulé Breezy, avec le grand William Holden, übersex bien avant George Clooney, et l'ameugnounante (pour jacter comme Manchette) Kay Lenz qu'on ne reverra guère, hormis à la télé ou dans des séries B-C-Z. C'est beau, désespérément humain, romantique à crever (tendance amour à dissolution instantanée), photographié crépusculaire par l'oublié Frank Stanley (chef op' pour Blake Edwards, Cimino et les premiers Jeremy Paul Kagan, mort en 1999), arpégisé discret par notre Michel Legrand national en plein trip lacrymo-hollywoodien ; ça prouve surtout que le vieux Clint a toujours été un coeur d'artichaut qui sait s'épancher sans songer au qu'en dira-t-on - un homme un vrai, mazette !

jeudi 26 juillet 2007

The Other (Robert Mulligan, 1972)

Adapté du Visage de l'autre, premier roman fébrile de l'acteur Tom Tryon (futur auteur de Fedora), The Other est le second volet (après The stalking moon (western, 1969) et avant The Nickel ride (polar, 1974)) d'une "trilogie des genres" que Mulligan entame suite à sa "rupture" avec le producteur-réalisateur Alan Pakula pour lequel il avait signé, depuis le début des années soixante, une imposante (et méconnue) succession de comédies puis de drames étonnamment pessimistes. Ce renouvellement d'inspiration, unique dans sa carrière (il retournera vite aux romances aigres-douces comme Un été 42 (1971), Même heure l'année prochaine (1979) ou le magnifique Kiss me goodbye (1983)), démontre sa remarquable capacité à respecter des règles strictes (ici celles du thriller horrifique) en demeurant lui-même, c'est-à-dire un subtil analyste des états d'âme dépressifs de personnages meurtris, incapables de survivre dans un monde codifié.
MK2 vient d'avoir l'excellente idée de proposer en DVD cette perle rarissime, jamais éditée en VHS et indisponible au cinéma depuis des lustres, faute de copie 35 mm projetable. Il reste à espérer qu'elle préfigure de futures exhumations (en priorité The Nickel ride, chef d'oeuvre désespéré du cinéaste) au sein d'une filmographie bien oubliée.

mercredi 25 juillet 2007

Old Joy (Kelly Reichardt, USA)

Le temps d’un week-end dans les forêts de l'Orégon, Kurt (Will OLDHAM, sorte de Paul Giamatti néo-hippie) et Mark (Daniel LONDON), deux amis d’enfance aujourd’hui trentenaires, s’exilent ensemble pour "oublier l'extérieur" et mieux se retrouver. Alors qu’ils s’éloignent de Portland à la recherche des sources chaudes de Bagby, leur amitié hésite à se raviver, fragilisée par les années et surtout, par des choix de vie différents. Si avoir femme et enfant semble être une voie peu enthousiasmante pour Mark, la marginalité quasi cosmique de Kurt rime avec solitude, frisant la folie. Autour d’eux, la déroute d’un pays tout entier passe sur les ondes d’une radio qu’on n’écoute plus que d’une oreille. Si l'univers ressemble à une larme éternelle sur le point de tomber, la "joie" partagée autrefois par ces deux hommes semble vivre elle ses derniers instants.

Face à ces constats amers, une mélancolie lumineuse règne pourtant sur ce ‘two men and a doggy road-movie’ méditatif et naturaliste, produit par Todd Haynes et réalisé par Kelly Reichardt, signant ici son deuxième long métrage. Entre Sideways et le plus récent Diès de Agosto, Old Joy filme avec poésie l'errance - géographique et existentielle - de deux hommes unis par une intimité masculine rare, bercée ici pour son dernier tango par les notes aériennes de Yo La Tengo.
S'inspirant d'une nouvelle de Jonathan Raymond mise en images par la photographe Justine Kurland, Kelly Reichardt a d'ailleurs le mérite de proposer une intéressante transposition cinématographique des photographies néo-romantiques de l'artiste américaine.

Sortie le 25 juillet
Distribué par Epicentre Films
http://www.epicentrefilms.com/epicentre.htm

lundi 23 juillet 2007

L'Imposteur (Barry W. Blaustein, 2004)

Production Conundrum (donc 99,99% Farrelly) déjà ancienne, The Ringer sort enfin en DVD (Fox Pathé Europe) après un passage-éclair dans une salle à Paris, ordinaire infamant des comédies US futées sans grosse star à l'affiche. Réalisée par Barry Blaustein (scénariste de Landis et Shadyac pour Eddie Murphy, grand amateur de catch) avec Johnny "Jackassboy" Knoxville et Katherine "Grey's Anatomy" Heigl (plus trognon et émouvante que jamais), c'est effectivement une pure idiosyncrasie farrellienne, tant au niveau des thèmes (l'imposture, le handicap, la tolérance, etc.), de l'habillage général (conte moral à destination des masses), que de la dialectique burlesque (qui est bon ? qui est mauvais ? on va vous montrer à quoi ressemble notre Monde cruel) impliquant ici une bonne dose d'ironie kamikaze puisque, au bout du compte, "gogols" et beaufs communs ("the real persons") sont renvoyés dos à dos (il y a des salauds partout, parfois quelques braves types). Evidemment, ça oblige le pékin à cogiter du neurone rayon préjugés profonds, on est souvent mal à l'aise, comme rarement chez d'autres "comiques" - bref, les Farrelly restent les Farrelly et nous les remercierons toujours de secouer le cocotier contre vents et marées.

PS : Vu sur Internet la bande-annonce du prochain Judd Apatow (En cloque, mode d'emploi, sortie le 10 octobre prochain) ; la belle Katherine serait-elle une nouvelle Cameron Diaz ?

lundi 16 juillet 2007

LE PETIT MARCELIN ILLUSTRE

Rassemblant des textes écrit pour Objectif Cinema un fanzine du sud- ouest de la france parrainé par Jean Claude Brisseau.

L’histoire de la cinéphilie toulousaine raconté par Guy Claude Rochemont ou le regard de Kalil Joreige sur le cinéma, peut être trouverez-vous dans ces écrits le même enthousiasme, le même besoin-cinéma, que dans les films de certains "fous", tels que le furent ceux de Marcelin Ginestet, ce fils de Anger et Pagnol, qui toute sa vie durant vécu les yeux braqués vers la lumiére... celle qui ne rend pas aveugle.

Par ce fanzine nous avons voulu lui rendre hommage.

Disponible sur 5potes5films.free.fr

mercredi 4 juillet 2007

Steak (Quentin Dupieux, 2007)

Quentin Dupieux (alias Mr Oizo chez les mélomanes) n'est pas n'importe qui. Pour preuve ce premier film public (le précédent, judicieusement titré Nonfilm (2001) ne l'était pas vraiment) où Eric & Ramzy, les Dalton du nanar, deviennent des figures arty-con(temporaines) à la Pierrick Sorin. Les parallèles, d'ailleurs, entre le Pape de la vidéo domestique abrutie et notre nouveau cinéaste comique sautent aux yeux dès l'abord : même dérive entre l'art et cochon, même distance décontracte - univers absurdos où les nazes sont des nazes et les autres tout autant. Très très vite, la farce vire au cauchemar et le malaise s'installe (palpable à même le Multiplexe), le chaland s'interloque, mékeskecéksetruk? Nous répondrions bien : l'un des meilleurs films français de ces dernières années, un ofni (objet filmique non identifié) pur et dur pas coupé, du sidérant qui tache, tranquillement, sans éclats. On en sort tout content.