vendredi 26 octobre 2007

Barbe-Bleue (Edgar George Ulmer, 1944)

Béni soit Bach Films ! Il existe tellement peu d'ulmeriades en DVD zone 2 (hormis Detour, maintes fois réédité au rabais, et deux trois autres bricoles) que l'édition (totalement inédite) de ce chef d'oeuvre d'Edgar George avec Carradine Sr (John, père de Bill) dans le rôle-titre du marionnettiste strangulateur amateur d'opéra (Faust de Gounod version puppetoon) ne pourra que ravir les fanatiques de cinéma gonzo et d'émotions baroques. Avec un bout de ficelle et ses boutons de culotte, l'austro-hongrois zinzin, fidèle à sa légende et à ses 250 $ hebdomadaires, construit un flamboyant mélo morbide d'une inventivité visuelle époustouflante, accréditant par anticipation la théorie de Joe Dante selon laquelle "plus on a d'argent, plus le film est mauvais". Ici, c'est du tout bon avec peau de balle - de quoi faire pâlir Roger Corman.

vendredi 12 octobre 2007

En cloque, mode d'emploi (Judd Apatow, 2007)

Le très attendu Apatow2 (moins existentiellement épais que 40 ans, toujours puceau, mais presque aussi intelligemment burlesque) aura eu le mérite de raviver, le temps d'une revue de presse hexagonale, l'extraordinaire cacophonie critique (proche d'une certaine schizophrénie grotesque) qui préside encore à l'avènement périodique des "comédies américaines d'auteur" à fort potentiel neuronal. D'un côté ceux qui perçoivent illico les enjeux du schmilblic (« Apatow s’impose comme l’auteur comique américain le plus personnel et attachant apparu depuis les Farrelly et Ben Stiller » – Julien Gester dans Les Inrockuptibles, lequel évoque, à juste titre, un mélange de « tissu burlesque, saillies conceptuelles et trouées de gravité »), de l’autre les fabricants d’amalgames qui ne voient pas plus loin que le bout de leur (sale) stylo et accouchent d’une prose inepte, outrageusement injurieuse : « 2h10 de bien-pensance US sur la jute école American Pie / XXL (…), d’une saleté et d’un ennui sans nom. Que fait la censure de livrer notre marché en poubelle à semblables déjections ? » (Bayon dans Libération – on voit bien que la route est longue)... Pour notre part et en ce qui nous concerne, nous sommes vraiment sensibles à cette cartographie méthodique de la planète "nerds, freaks & geeks" que l'auteur s'obstine à peaufiner depuis bientôt 8 ans, offrant au spectateur ébahi une nouvelle variation sur l'autisme contemporain digne (comme par hasard) des meilleurs Farrelly. Décidément, un peu de discernement s'impose !

mardi 2 octobre 2007

Bob Flanagan à L'Entrepôt

Je n'ai pas l'habitude de verser dans l'auto-promotion, mais bon, La Voix du regard, vénérable revue dévouée à l'analyse des arts visuels, sort sa dernière livraison (n°20 : "Images interdites, figures imposées") comme un glorieux Chant du Signe interrompu par la carence des subventions étatiques. Pour fêter dignement cette "cessation définitive d'activité", ils vous invitent à visionner Sick, le magistral documentaire de Kirby Dick sur la mort de Bob Flanagan, auquel j'ai consacré un long article (forcément) passionné. Ce sera à L'Entrepôt, le jeudi 18 octobre 2007, à 20h00 - nous débattrons ensuite, grignoterons et boirons un bon coup entre gens de sévère compagnie. Faites circuler l'info.

lundi 1 octobre 2007

A vif (Neil Jordan, 2007)

Si quelque cinéphile un brin toqué s'avisait à s'enquiller sans ciller Les Accusés, Catchfire, Le Silence des agneaux, Nell, Panic Room et A vif en une seule nuit d'orgie celluloïde, il décernerait sans coup férir à notre brave Jodie la cravache d'or de la plus grande actrice SM de toute l'histoire du cinéma. Car de nouveau, et pire que jamais, c'est la peau martyrisée de cette actrice maudite (bleuie, scarifiée, éperdue) qui s'expose à nos yeux, ainsi que les stigmates (mains creusées profil bas riduleux) du temps qui joue la montre. Hormis l'esthétique mortifère dont se pare l'héroïne (plus Stallone que Bronson), le produit, bien piteux car loin des transcendances arty d'un Abel (Ferrara) ou du cynisme cracra (donc troublant) des William (Lustig) et autres Joseph (Zito), suit scrupuleusement la dramaturgie basique d'un vigilante movie sans grande innovation ni volonté d'auteur (mais où est donc Neil Jordan ?), se vautrant dans le stéréotype jusqu'à extinction des feux, fin ouverte vers sequel (avec ou sans Foster). Pas si grave (encore que...), puisqu'on aura admiré deux heures durant le rendu des raclées sur l'épiderme d'une star.