mercredi 28 octobre 2009

COMMENT REPONDRE A LA PRECARITE D'UN APRENTI-REDACTEUR? ou PARANORMAL ACTIVITY, la grande marche de Facebook sur le monde

Mardi 27 Octobre, ma décision était prise. Et pleinement assumée. J'allais offrir à la profession de quoi relancer les ventes.

Le parterre de critiques brillait de son plus bel éclat. Les plus grandes plumes de la place de Paris, des plus grands quotidiens et autres journalistes télé, radio, ORTF, étaient venus goûter au frisson du moment.

Paranormal Activity avait gagné sa place dans la distribution mondiale : à coup de blogs, de Facebook et de buzz le film suscitait la curiosité. Annoncé comme le nouveau Blair Witch Project, réalisé pour un budget de 15 000 euros, il trouvait même le parrainage de l'oncle Spielberg.

Salle comble au club de l'étoile, enfoncé dans le rouge des coussins, je ne peux m'empêcher de refléter, sur ce plafond à l'italienne, le final Carriesque d'Inglorious Basterds. Avant les dernières minutes du film je n'aurai plus qu'à me laisser glisser discrètement vers la sortie. Là, d'une simple prothèse tibiale, je pourrai emprisonner ce beau monde et ainsi leur faire connaitre la plus définitive, la plus infernale et la plus jouissive des projections: l'ultime projection de la nuit. Dépassant toute expérience cinémane. Exit volatiles, rampants et autre frayeurs type belle mère débarquant le dimanche sans prévenir! Deux, trois explosifs dissimulés sous les fauteuils d'orchestre, tel Casey Ryback à bord de l'USS Misouri, et dans quelques instants, libre à moi de trouver, au choix, de généreux CDI.
A moi les vernissages avec Clint Eastwood, les réceptions au ministère de la culture, les interviews dans des palaces Cannois, tête à tête avec Eva Green, les visites sur les tournages: à Hollywood le dernier Apatow, à Hong Kong le prochain Tsui Ark. Critique de cinéma !!! Devenir critique de cinéma, et être sollicité par tous les distributeurs du monde, les attachées de presse qui vous enivrent d'éditions collectors de Fulci et Solima, de coffrets Delmer Daves. Lever le pouce et l'économie cinématographique française se tient debout, les techniciens vous sourient dans la rue. Un demi-cercle et le voilà qui pointe le sol: Claude Berri vous appelle depuis sa propriété en Bretagne, Thomas Langmann vous fait livrer du château Yquem. A New-York on s'affole, le Dow Jones dégringole, on vous supplie de penser du bien du dernier James Cameron.. vous pouvez y réfléchir.. peut être que l'air salin de la baie de San Diego vous aiderait à y penser. "Comment ça je ne suis pas sur la liste? Vous espérez conserver votre stage Mademoiselle?! Faites moi donc monter une Veuve Clicquot, je vous prie, je ne sais pas ce qu'avez Guy aujourd'hui mais son bec-figues aux truffes était bien trop riche pour moi, quelques bulles aideront à faire passer le tout."

Mais alors que, agité par le bâillement prononcé de mon ami Couston, je retombais violemment dans l'ennui de cette supercherie, je réalisais que ce n'était pas vous rendre service, formidables lecteurs, que de laisser se répandre rumeur. En effet il me fallait attendre quelques semaines encore, le piège Hollywoodien étant trop fourbe, afin que vous ne fuissiez pas lésés en allant voir cette arnaque. 15 000 euros pour voir claquer une porte? Straub pouvait faire la même! Mon devoir était de laisser la profession vous mettre en garde, de manière massive, sur le coup de poker que tentait la Paramount. Faire croire à un film fauché, détourner deux, trois blogueurs et leur laisser pondre des "Bonne chance pour dormir après" sur le dossier de presse. Non, admirables travailleurs qui connaissez le prix d'une place de cinéma, vous laisserai-je vous faire racketter? On vous annonce de la grande démocratie occidentale et vous vous retrouvez avec le chaos d'une guerre civile, digne des plus grands marasmes dictatoriaux africains! Nos amis les scouts du monde libre nous l'on déjà faites celle-là, et pas qu'a l'envers.


Je pris sur moi de reporter ma diabolique affaire, et laissais, benoitement, errer ces âmes jusqu'à leurs rédactions.

mardi 20 octobre 2009

HISTOIRE DE CINEMA

Détendue, Daphné Roulier sourit. C'est peut être l'air nippon, ou son admiration pour celui que les occidentaux appellent le "Johnny Depp" japonais, qui amène un soulèvement de pommettes, ainsi qu'une insolite contraction des zygomatiques, à ce visage, qui, une fois libéré, sait être solaire et cesse d'incarner la beauté grave d'un Modigliani, pour reprendre la douceur d'une madone Léonardienne. C'est peut être l'air nippon.. ou l'ivresse que procure la folie des enseignes, des néons, dans cette ville-monstre de Tokyo, où l'on vient à la rencontre de celui qui incarna Ichi The Killer - film outrageusement radical où Tadonobu Asano fait passer le Joe Pesci de Casino pour une vendeuse de produits relaxants bouddhistes.

Asano/ Roulier, la rencontre est sympathique.

Tout comme ce petit document - précieux témoignage sonore - de Sophia Coppola qui accompagne papa lors d'une fête de quartier. A travers ces images bancales et déssaturées, le parrain est interviewé en caleçon dans sa piscine d'appartement: insolite. Jonh Carpenter, lui, quasi-silencieux depuis Ghosts of Mars (il y a tout de même eu deux épisodes de Masters of Horror), nous confie - depuis le plateau de son nouvel opus, The Ward- ses angoisses de créateur.

Agréable. Mais on ne peut s'empêcher d'attendre plus de Canal.. Où sont les geeks? Les sujets surprenants? Et la connaissance musclée?

Histoires de Cinéma, diffusion Mardi 27 Octobre à 23h.

jeudi 15 octobre 2009

GUY MADDIN a Beaubourg

Guy Maddin, l'homme pour qui le cinéma s'est arrêté en 1925, sera présent pour une conférence, samedi 17 Octobre à 17h30, au centre Pompidou.

Dé-cryogénisé pour l'occasion, il reviendra avec l'aide d'Antoine Guillot, sur les grandes épopées qui firent l'histoire de Winnipeg.

De L'arrivée d'un train en gare de la Ciota (1896) au Rapaces de Stroheim (1925), Maddin nous confiera son joyeux Top Ten.



mardi 13 octobre 2009

cinematheque.. infernale

Enfant, mon père me donna un caméscope VHS-C. Avec celui-ci, je filmais les Noël, les anniversaires. Plus tard, vers l'âge de 13-14 ans, alors que je ne vivais que pour la musique, mes amis et moi filmions nos groupes avec cette même caméra. Certains soir, grâce à un stratagème optique avec le viseur, je pouvais projeter les images sur le plafond de ma chambre, à la taille de mes ambitions. Les images, bien que nettes, restaient en noir et blanc, comme peuvent l'être les images de l'adolescence.

Aujourd'hui, avec mon collègue Jérémie Couston (de Télérama), nous nous sommes offert une visite privée de l'exposition "Lanterne Magique", qui ouvre demain à la cinémathèque française. Privilégiés, comme Gainsbourg lors de ses visites nocturnes au Louvre, nous découvrons une étonnante collection. Petites magies peintes sur des plaques de verre, nous sommes en 1659 lorsque l'astronome hollandais Christiaan Huygens décide de défier la mort. En effet, très étrangement, alors que François Truffaut hanté par ses fantômes dans la Chambre Verte voisine ces étalages d'inventions, la première plaque peinte sera celle de la danse d'un squelette comme si, dés ses origines, le cinéma avait toujours existé pour railler la mort!

Danse vaudou. Gris-gris et magie noire.
Dans la salle obscure nous avançons tous au milieu de nos angoisses, et de nos fantasmes.
En témoigne une affiche d'époque nous conviant à "un spectacle de science et de fantasmagorie".

Etienne Jules Marrey est déjà là, étudiant la reproduction scientifique de la réalité, et dont Thomas Edison donnera l'équation résolue. A cette réalité reproduite, les équipes Lumière offriront l'aspect sociologique. Georges Méliés quant à lui, cinémagicien devant l'éternel -si j'ose dire- développera la veine "cinéma-spectacle".

Tout était là, spectacle d'ombres, de mon plafond d'idées au théâtre optique d'Emile Raynaud, chacun avaient besoin de faire des histoires.

Exposition jusqu'au 28 Mars 2010 à la cinémathèque française.

lundi 12 octobre 2009

Contre bandes sur Radio Libertaire !

Bernard Payen, fondateur d'Objectif-Cinéma, entame sa première émission (après avoir œuvré deux ans en compagnie de Cécile Giraud pour l'émission "Les Passagers de la Nuit") aux manettes de Contre Bandes. Entouré de rédacteurs, tel Jacky Goldberg des Inrockuptibles, notre animateur cinéphile invite chaque mois réalisateurs et techniciens autour d'une table pour parler cinoche.. de manière libre.

Dans ce numéro-ci, vous entendrez le très intéressant témoignage d'Eric Gautier à propos de son travail de chef opérateur sur Herbes Folles d'Alain Resnais et Hotel Woodstock de Ang Lee. Intéressant parce qu'on entend rarement les techniciens parler de leur travail, et surtout parce qu'ils restent les témoins privilégiés de la naissance d'une œuvre. En cela Eric Gautier, discret mais professionnel, nous régale de petites anecdotes.

Sarah Leonor, quant a elle, (dont Objectif Cinéma vous propose une interview conséquente sur son site) nous présente Au Voleur, son premier long métrage, avec le couple Guillaume Depardieu et Florence Loiret Caille. L'acteur Dimitri Storoge, vu chez Cédric Klapisch et dans de nombreux téléfilms et courts métrages, vient nous parler de Rien de Personnel de Mathias Gokalp (voir aussi l'interview sur Objectif Cinéma)

Télechargeable ici bas:
CONTREBANDES (en deux parties)
http://tinyurl.com/byflxq
http://tinyurl.com/bju5av

Prochaine séance: samedi 24 octobre de 19h à 21h, 89.4 avec Alain Cavalier.

jeudi 8 octobre 2009

Envoyé spécial dans une salle de projection privée, réservée à la presse parisienne et influente.

La plupart des attachés de presse sont des gens très gentils. Et compétents. Leur rôle étant de vendre le film avec leurs petits bras. Maillons essentiels et nécessaires d'une grande organisation que l'on appelle "'industrie du cinéma" ("Par ailleurs, le cinéma est un art" Malraux). D'aucuns, pourtant, aiment à vous rappeler que vous n'êtes pas encore l'élite de la presse - que dis-je ?! - de la nation (croix de guerre, ordre du mérite, mort au champ d'honneur). En effet vous ne fumez pas le cigare à TF1 et ne vous êtes encore jamais mis le nez en vrac dans les coulisses de Canal+ (cet endroit magique où l'on est jeune et subversif !). Ce n'est pourtant que cela qu'ils respectent. Ni savoir si vous avez lu Septentrion, apprécié les Chroniques Italiennes de Stendhal, défendu Networks de Sydney Lumet en conseil de classe pour qu'il soit projeté dans votre lycée, ou protégé une famille Tchétchène du despotisme russe. Vous auriez sauvé François Truffaut d'un attentat en 73 qu'ils vous répondraient : "Non, vous n'êtes pas sur la liste.. Vous savez: "la liste".. Ecrivez-nous, savoir si votre support nous intéresse."

Le problème c'est que j'ai vu le Cercle Rouge une bonne quinzaine de fois, et que je sais tout des systèmes d'alarmes et autre techniques Taï Chi pour immobiliser un éventuel agent de sécurité. En cela je me suis introduit par effraction dans l'enceinte de ce véritable Fort Knox de la critique de cinéma, où un parterre de professionnel se réunit à chaque occasion pour machiavéliquement fomenter le dessein du cinéma français et de la fin du monde libre. Ils ont de grandes toges, un compas et une faucille. Je me suis fait passer pour un stagiaire. Blottit dans mon fauteuil en velours et perles du Nigeria, j'ai assisté au péril de ma vie professionnelle, tel un Philippe de Dieuleveult en mission, à la projection interdite: L'Imaginarium du DOCTEUR PARNASSUS, dernière pelloche en date de l'audacieux Terry Gilliam.

Et bien je vais vous dire: d'abord il y avait de la place. Beaucoup de place pour les petits supports comme le notre, qui ne sont en fait que l'exclamation d'un groupe de passionnés. Et je vous l'ai déjà dis, beaucoup de collègues (j'ose!) - collègues donc- se trainent en projection. Ils ont laissés leur passion au vestiaire; et ne sont pas trop sûr d'avoir jamais vu un Kenji Mitsumi ou le géééééénialisime, définitif, L'Ultimo treno della notte d'Aldo Lado. Coucou! On les a vu les Bergman, les Rohmer. Mais il ne s'agit plus de ça. Le Gilliam est raté. Ben oui. Et fallait pas qu'elle me ponde un flan pour une torture pareille !! Oui y'a des idées, oui il a pas eu de chance, ni le temps, ni l'argent, mais restent des passages impossibles. Chaque épisode, de l'autre côté de ce fameux miroir de Parnassus, vous emmène dans un univers de 3D Nintendo qui, malgré un sens prononcé du cinéma,vous use jusqu'au sous-terminaisons nerveuses. On sort totalement du film. Et l'on regarde sa montre avec désespoir, pensant à la poêler de poularde déglacée au porto et au vin blanc qui nous attend à la maison.

"Le cinéma est par ailleurs éminemment social; par son expression critique du monde il nous enseigne à vivre ensemble. Dignement."
Anatole Malraux