jeudi 12 novembre 2009

Soirée Francoise Lebrun

Surtout connue pour le pavé dans la marre - post-barricade - du cinéma français : à savoir le rôle de Veronika dans la Maman et la Putain(1972); Françoise Lebrun aura connue la trajectoire d'une actrice exigeante. Marguerite Duras, Paul Vecchiali ou Vincent Dieutre furent de ceux qui croisérent "l'indomptable".

Aujourd'hui, le réalisateur Emmanuel Vernières, explore le spectre de l'œuvre d'une actrice qui connait la mesure du langage (en témoigne la force et la précision de sa pensée, de son élocution), si bien qu'elle nous laissera, à regret, aux portes de sa vie et de son intimité.

Vendredi 13 à partir de 22h45 sur Cinéma Cinéma Club : Fragments sur la grâce de Vincent Dieutre, suivit de Françoise Lebrun, les voies singulières de Emmanuel Vernières.

mardi 10 novembre 2009

VIANDE D'ORIGINE FRANCAISE, monsieur!

On se souvient du buzz qu’avait créé Suck My Geek. Bien que la plupart d’entre nous ne puissent s’avouer une relation malsaine avec le monde de la connaissance, nous nous retrouvions dans cette communauté d’obsessionnels collectionneurs et d’heureux fétichistes. Le documentaire s’échangeait sous le manteau, avec comme promesse, de guérir un peu de l’orphelin qui nous habitait. Hélas, et bien que nous offrant des images depuis l’intérieur de feu-Movie 2000, siège de Jean Pierre Puters, fanzineux-fondateur de Mad Movies, le film ne tenait pas toutes ses promesses.

Aujourd’hui l’équipe Schulmann/ Sayanoff remet son tablier et présente la « nouvelle vague » du cinéma fantastique français.

Bien heureusement, depuis quelques années le lectorat Mad fait son trou dans le paysage tricolore – des Martyrs, Calvaire, Frontiere(s), pas toujours réussis, apparaissent : ce n’est pas sans raison que Yannick Dahan, de sa grosse voix toulousaine, présentera l’affaire. Viande d’origine française arrive, grâce à la complicité lucide des réalisateurs, et sans se prendre au sérieux, à poser les bonnes questions sur un cinéma de genre quasi-inexistant au pays des films mansardés du 6éme arrondissement.

Un « coup de sang » qui devrait faire date et encourager spectateurs et réalisateurs à poursuivre la profanation d’un cinéma de prof de lycée.

La Nuit des Chocottes c'est samedi 14 Novembre à partir de 22h30- Hourra Canal qui joue enfin son rôle de créateur de programmes irrévérencieux !

dimanche 8 novembre 2009

red riding

Au milieu des années 2000, j’étais parti bosser au London Film Festival – le Cannes Anglais. Là je pu prendre la température des méthodes anglo-saxonnes, décontractées comme un tour de magie de Garcimore, pragmatiques comme un plan de relance économique américaine. Leur cinémathèque était un lieu dépoussiéré, vivant, et où le cinéma pouvait être fun et pédagogique. En un mot : j’étais amoureux !

Je venais de faire mes armes entre Chaillot et les grands boulevards, le cycle Jonathan Glazer apparaissait comme un OVNI, le André de Toth en relief comme un complot de la C.I.A pour définitivement expédier notre vieux continent dans les oubliettes de l’Histoire.

Ces huit mois, passés sous la bannière de l’Union Jack, furent à peu prés fous de rencontres. Chacun semblait abordable, jusqu'à Jack Cardiff, ce nonagénaire électrique, qui (pour ceux du fond de la classe) avait éclairé des chefs d’œuvres comme A Matter of life and death (1946) Black Narcissus (1947) ou Red Shoes (1948).

Après le festival, je fus orienté par un collègue que je pensais à moitié mythomane, puisqu’il prétendait être le colocataire d’Orlando Bloom, vers le tournage d’un court-métrage : Mumbo Jumbo de Belvan Walsh. Ils avaient besoin d’un assistant déco, je me suis donc occupé de faire tout les Christian’s Shops de Hightburry, sorte de Emmaüs, à la recherche de peintures, canevas, photos et statuettes du plus mauvais goût afin de définir l’intérieur d’un vieil ado vivant chez sa mère. Deux jours plus tard me voilà sur le tournage, en compagnie de ce que j’allais découvrir être la grosse pointure des techniciens anglais : l’un ayant travaillé chez Bruckeneimer, l’autre chez Kubrick.. Je fus étonné de savoir que même les trois acteurs vivaient de leur métier, habitué que j’étais à les savoir cumuler des petits boulots. Le tournage se passa formidablement et j’en retirai même un petit making-of qui fut des plus apprécié.

Les années passèrent et je me retrouvais, comme je vous le conte fréquemment, dans les salles de "projection presse" où, petite satisfaction du cinéphile, j’ai la possibilité de voir les films en amont et ainsi pouvoir vous déverser ma sympathie ou mon amertume à leurs égards.

Ce matin-là, il s’agissait du premier volet de la Red Riding Trilogy, nouvelle ambition de la Channel 4 qui, donnant carte blanche à trois réalisateurs pour adapter la quadrilogie de l’écrivain David Pearce (Ellroy travailliste), développe dans un univers poisseux, trois histoires tentant de faire la lumière sur le meurtre d’enfants. Tortures, corruptions, pots de vins : rien n’épargne l’ésotérisme des services de police du Yorkshire.

Protagoniste de ce premier opus titré 1974 : Andrew Garfield. Figure montante du cinéma anglo-saxons, vu il y a quelques semaines dans le Parnassius du Dr Gilliam. Visage de dessin animé, Garfield me donne l’impression d’un « déjà vu ». J’apprécie son timbre de voix, son profil « monsieur tout le monde ».
Soudain, au détour d’une réplique, je suis pris d’un doute. Ce Andrew ne serait-il pas le Andrew croisé à Londres lors de l’aventure Mumbo Jumbo ? J’appréciais déjà son naturel, son sens inné de l’improvisation, et ses vannes que je ne comprenais qu’à moitié. Un rapide tour sur IMDB me confirme la chose, le bonhomme a travaillé sur Lions Lambs de Robert Redford avec Tom Cruise, Meryl Streep.

En vérité j’étais tombé sur un filon. Ce court métrage était blindé de professionnels talentueux. Kristopher, mon « mythomane », m’a effectivement fait rencontrer Orlando Bloom, chez qui j’ai dormi. C’était avant qu’ils ne partent tout deux sur le tournage de Carabïans II et III. Quelques mois après mon départ j’étais revenu, l’été , à Londres, participer à la projection. J’arrivais le mercredi soir, le jeudi matin Londres était bouclé, des théologiens fort peu enclins à l’adoration des images prirent deux bus et métro pour un remake de Die Hard. McLane devait être encore en train de cuver son divorce, et n’avait pas pu sauver le monde, ce matin-là. La projection fut annulée. Je n’ai pu voir le film que chez la productrice et n’ai jamais revu Andrew ni Tom. Tom Brooke qui, croyez-le ou non, débarqua dans mon lecteur DVD le soir même de cette étrange découverte, rôle second dans Good Morning England au côté de Philip Seymour Hoffman.

Mon côté Lechouchien de la force ne pouvait m'empêcher d'y voir un "signe". Soit la navette allait bientôt arriver, soit ma vie ne serait qu'une éternelle grève de la RATP.

mardi 3 novembre 2009

le jardin des delices

Il y a quelques mois je découvrais le charme du cinéaste Gillo Pontecorvo. Complexe, intelligent, rieur, le documentaire Gillo, le Donne, i Cavalier, l’Armi, Gli Amori, lui rendait formidablement hommage. Aujourd'hui c'est un autre de ces siroteurs de Chianti qui retient ma curiosité.

Réalisateur "clandestin" (un seul de ses films sur 15 connaitra une exploitation classique) Silvano Agosti est l'auteur de ce surprenant Jardin des Délices. Film méconnu de l'année 1967, où Maurice Ronet va, le soir de sa lune de miel, explorer le vide qui mène de la tentation à la culpabilité. 4 ans après le Feu Follet, de Louis Malle, il est toujours l'homme reclus, fauve en cage, en prise avec son double angoissé.

Tiraillé par un passé d'enfant de cœur, le personnage passe une nuit-schizoïde aux côtés de sa délicieuse épouse- Evelyn Stewart. Chaque "Cut" cisaille le psychisme, chaque ligne de composition obsède, et nous serions bien curieux de connaître ces 26 minutes, amputées jadis par un collège de cinéphile en soutane, qui fait que nous ne voyons jamais lequel de deux péchés fut le plus originel.

Agosti quant à lui, en supplément du film, se révèle une personne attachante. Idéaliste comme les gens de sa génération (plaidant pour travailler 3h par jour et prescrivant :"21h pour écouter la voix très vaste et très secrète de la vie."), il évite cependant la lourdeur des soixante-huitard-écolo-boudhiste-anti-nucléaire-pro-keffiehs-Raëliens- attardés.

Langage noble, dans un français impeccable, humble, droit et digne, il témoigne de son système de production à la débrouille. Et semble avoir apprivoisé l'intelligence par son sourire plein de lumière.

A voir les extraits d'Amore si Vive, documentaire frontale sur la sexualité des hommes, nous voilà dans l'espoir de connaître un jour, comme Adam connu Eve, la réunion, sur le grand lit conjugal des éditions DVD, de son œuvre .

"On me dit: "il faut bien des films d'évasion!". Je dis : "C'est typique des gens en prison."