mardi 15 décembre 2009

Chabrol se met à table

A l’occasion de la sortie du livre Chabrol se met à table de Laurent Bourdon, l’excellent site de VOD FilmoTv a fait jouer le jeu du quizz gastronome- cinéphile aux deux comparses. Entre entrecôtes Wellesiennes et Chinon Viscontien, vous entendrez de belles anecdotes sur les tournages de celui que nous apprenons être le prochain président du jury au festival de Luchon. L'occasion de causer Omelette au rhum et Pattes d'oursons pannées !!


http://www.filmotv.fr/rub/21/filmo-uzik.html#/chabrol

dimanche 13 décembre 2009

Cinéma de Tiekar

Samedi 5 décembre, dans l'après-midi:
Suite à son invitation lors de la rentrée Canal+ Cinéma, je me retrouve sur le plateau de Mouloud Achour pour son émission : Cinéma de Tiekar. Initialement organisé au sein de son appartement, la deuxième saison de ce ciné-club investie un nouveau décor, voisinant les Guignols et Groland.

Pensionnaire de vidéo-club dés son jeune âge (lui-même se voit comme un « rat de vidéo club »), élevé aux Péplums et Westerns italiens made in Dionnet, Mouloud souhaite mettre en avant les œuvres qui l'ont marqué, lui et ses potes : « Pas seulement des films générationnels, mais des films qui ont une vision pertinente sur la société et le monde ».

Ainsi, dans la plus pure tradition des 90’s, Cinéma de Tiekar fait revivre en nous l’époque des rayonnages (où nous rêvions face aux jaquettes), et des inquisitions à l’égard du gérant des lieux. Ce shaman, mi-Tarantino, mi-Yoda, qui ne partageait qu’au compte-goûtes les bons tuyaux, parlait de convergence de toutes les énergies (comme dans La Hyéne Intrépide) et de Way of The Cinéphile comme chez Jarmuch (« Le savoir va au savoir Gosth Dog ! »). Une initiation exigeante qui passait par un entraînement digne d’un Shaw Brothers, et de rigueur en filiation, permettait aux pré-pubères que nous étions de découvrir le monde et conserver la flamme.

Aussi, dans le noir feutré du studio j’ai plaisir à écouter Mahmoud Zemmouri, (dont le parcours d’acteur, de Tchao Pantin de Claude Berri à Munich de Steven Spielberg, force le respect) venu parler de cet ovni diffusé au mois de Mars : De Hollywood à Tamanrasset. Film dont le pitch intriguerait le plus flegmatique des universitaire : « Dans une bourgade à la périphérie d'Alger les habitants insatisfaits de leur vie se prennent pour les héros de leurs feuilletons télévisés favoris. C'est ainsi que JR, Sue Ellen, Rambo et autre Colombo prennent possession des corps et esprits d'un petit monde de somnambules » ( !!!)

Enfin, arrive Bruno Dumont pour présenter La Vie de Jésus (qui sera diffusé au mois de Janvier). Je m'empresse d'en savoir plus le fond de sa pensée, savoir si le professeur de philosophie est également catholique : "A vrai dire je suis plutôt anticlérical. Je cherche du sacré dans le profane." Voilà qui aidera à éclairer Hadewijch, son dernier film - honnête parent du Ordet de Carl Theodor Dreyer et du Theorema de Pier Paolo Pasolini - sortit il y a un mois, qui, bien qu’étant définitivement plus fort et puissant que les problèmes post-viagra d’Alain Resnais, ne remporte pas le même engouement. Rituel. Genou à terre. Bénédiction et Saint sacrement. Certaines chapelles peinent à démordre du dogme!

Cinéma de Tiekar, un rendez-vous décontracté, généreux et qui rappelle que l’on est pas seul sur le chemin du samouraï.


En ht Mouloud Achour. En bas à gauche bruno Dumont et à droite Mahmoud Zemmouri sur le plateau de Cinéma de Tiékar
Crédit Photos: Augustin Détienne

lundi 7 décembre 2009

Du court pour les Cesars - Première!

Samedi 5 décembre : Ce matin avait lieu la première manche de la sélection "courts-métrages" pour la cérémonie des Césars. Nous avons pu nous rendre compte de la qualité et du bon niveau de la nouvelle génération - étant entendu que "court métrage" ne signifie pas forcément débutant.

Ainsi nous avons pu voir, dans les couloirs du cinéma Le Balzac, deux jeunes filles terrorisées à la projection de leur pourtant excellent C’est gratuit pour les filles : Claire Burger et Marie Amachoukeli.

Fraîchement sorties de la boîte à formatage FEMIS, elles nous confirment cependant que l'auteurisme à la française peut être fort et puissant. Ce cri Pialien confronte la génération StarAc et YouTube à son propre manque de repaires. Voici Laetitia qui, la veille de son brevet professionnel de coiffure, veut rejoindre un garçon dans une fête. A cet âge où l'on brûle et où l'on découvre la vie, il en faut peu pour qu'un machiste malveillant mette en ligne des images indiscrètes et voyeuristes. Souterrainement il s'agit de se mettre en spectacle, faire comme à la télévision, comme sur l'internet, en écartant l'aspect moral comme le ferait une société immature.

Plus tard nous remarquons un ovni hédoniste Lila du Broadcast Club. Quelque part entre la vidéo de skate, l'œil sociologique de Larry Clark et une vidéo institutionnelle pour la promotion d'un camping, ces 10 minutes de petite magie tireraient les larmes à toute cigale qui voit en ces 2 mois solaires une parabole de la vie-même. Soutenu par la musique planante de Limousine, dont vous apprécierez le MySpace, cette œuvre n'a pas manqué de remporter le prix Télérama au festival de Clermont.
Oeuvre déroutante pour notre ami Foued Mansour, lequel, réalisateur autodidacte et talentueux (recueillant même les louanges de Bernard Menez) se réfère à un cinéma plus naturaliste. La Raison des Autres (qu'il serait triste d'ignorer), regard social en terre ASSEDIC, est un film à l'image de son réalisateur : complexe et non démonstratif ; se gardant bien de nous faire la leçon.

Enfin, peut-être avez vous vu Séance Familiale de Cheng-Chui Kuo, soutenu et diffusé par Arte, où l'intrusion d'une caméra-réalité invite à révéler le secret d'une famille de Taïpei ? Film déjà mature, parfaitement maitrisé.

Une nouvelle génération prête à passer au long, et qui, même s'il ne seront pas tous retenus pour les nominations, semblent avoir de belles heures de direction devant eux. Nous leur souhaitons bon courage et les invitons à voir ou à revoir (de manière peut-être un peu présomptueuse) Le Couvent de la bête sacrée, Le Denier Train de la Nuit ou Le Shogun de la Mort... juste comme ça; manière de savoir si le cinéma français ne pourrait pas regarder, aussi, vers ailleurs ?

RDV samedi 12 à 9H30, au cinéma le Balzac, pour la deuxième manche.

jeudi 3 décembre 2009

Une rentree canal+ cinéma

Aujourd’hui avait lieu la rentrée Canal + Cinéma. Venu nous rassurer sur les chiffres du groupe Manuel Alduy, directeur de la branche cinéma, a laissé la place aux animateurs vedettes. Ainsi Fréderic Beigbeder venait réitérer son invitation hebdomadaire pour son émission cinéphile du Cercle, tandis que Dominique Besnehard se félicitait que réalisateurs et acteurs jouent le jeu de son rendez vous d’Un Ticket Pour Deux, programme où les artistes viennent partager un film « coup de cœur ». Mouloud Achour quand à lui et son Cinéma de Tiekar, post-Dionnet, attire notre attention sur un mystérieux De Hollywood à Tamanrasset, film algérien de Mahmoud Zemmoun datant de 1990 et dont on surveillera la programmation au mois de Mars.

Enfin, Yvan Guyot, responsable éditorial, est venu nous annoncer les thématiques de la rentrée : Sundance en février, Ozploitation (cinéma d’exploitation australien) en Mars, cinéma politique Italien en Avril. Mais dés le mois de Janvier une carte blanche donnée à James Gray accompagnée d’un James’s Gray Anatomy inédit où le cinéaste ouvre sa porte à l’équipe de Jean Pierre Lavoignat ; revenant sur ses films, son quartier new-yorkais ou ses origines russes. Les moments les plus remarquables étant ses aveux de cinéphile obtus, voir thésard, lors de la visite de son ancienne école de cinéma, ou ses recherches pour The Lost City of Z son nouveau projet écrit pour Brat Pitt.

mercredi 2 décembre 2009

The Limit of Control

"Two coffee, in two separeted cups" annonce Isaach de Bankolé dans le nouvel opus de Jim Jarmusch. "Deux cafés, dans deux tasses séparées" voilà bien ce qu’il faut avaler avant de se rendre à la séance de ce film à suspense. Car c’est bien l’angoisse qui nous paralyse lorsque, enfermés dans cette salle sans issue, nous craignions de voir un jour le film se terminer ? La vie continue-elle dehors ? Les russes ont-ils attaqués ? Les extras terrestres débarqués ? Et ces immanquables cow-boys impérialistes ont ils, à jamais, réduits nos semblables à l’esclavage et au consumérisme ?!!

Car malgré la tribu de guest (JF Stévenin, John Hurt, Bill Murray..), les fesses de Paz de la Huerta (nom qui à lui seul enfièvre le plus ascète cinéphile), les auto-références en vrac, la musique, excellente au demeurant, de Boris (rock nippon expérimental) et Bad Rabbit (le groupe de Jarmusch), ainsi que les ambitions de départ, The Limits of Control ne fait pas un film digeste. Le cinéaste le confie lui même dans le dossier de presse : "Le scénario s’est d’abord présenté sous forme d’une histoire de 25 pages. Je l’ai développé à mesure que nous faisions le film. (...) Nous travaillions donc toujours en restant aux aguets, toujours prêts (...) à laisser le film nous mener dans sa direction à lui.".

Je pensais vraiment qu’on avait laissé ces délires là dans les années 70, à Godard, à Rivette. Je suis de ceux, pourtant, qui vouent un culte à Ghost Dog, et défendent corps et âmes Broken Flowers, mais là j’ai l’impression que Jimi à participer à un 48 Hour Film Project. Ces compétitions où l’on se doit de réaliser un court métrage en un week-end, et où l’on a pour contrainte de placer répliques et objets tirés au sort. 48h plus tard, fête de fin de tournage inclue, le père Jarmusch rendait copie, en long métrage.

Par contre, nous pouvons le gratifier de ne pas s’être éloigné de la motivation initiale : "Pour moi, c’était plutôt : "Qu’es ce que ça donnerait si Jacques Rivette tournait un remake de Point Blank de Boorman ? Ou si Marguerite Duras tournait un remake du Samouraï de Melville ?"

Alors peut être que, dans cette société sans repaires, Jarmusch comme Lynch se sont fait mettre le grappin par un gourou scientologue sous acides, leurs expliquant que "Ford, Hathaway, Hitchcock? C'était des bourres! En fait, plus besoin de s’attarder sur le récit, les idées dramatiques et la cohérence avec le spectateur. Non, non.. ça c’était avant.. quand les gens allaient encore au cinoche !!"

mardi 1 décembre 2009

VINCERE

Lorsque Ida Dalser, femme d'élégance et d'esprit indépendant du début du XXème siècle, se sépare de son salon de beauté, c'est pour soutenir un homme de conviction dont elle est follement éprise. Passionnée, elle vend appartement, meubles, faisant table rase du passé pour que ce journaliste (écarté de sa rédaction et de son parti) puisse financer son propre journal: Il Popolo d'Italia.

Ils s'aiment. Peut être se marient-ils? De cette union naît un enfant à l'hiver 1915. Reconnu par son père.

Au même moment, alors que celui que l'on appellera plus tard le Duce pose les fondements du parti fasciste, Ida Dalser découvre en Benito Mussolini un père de famille, bientôt marié. De ce jour elle revendiquera, avec orgueil et agressivité, ses droits et ceux de son fils.

Par soucis d'un rapprochement avec le Vatican (les accords de Latran réduiront les prétentions du Pape, en échange de faire du catholicisme la religion d'état), le dictateur se doit de conserver son image de bon chef de famille. Il fera donc taire cette ancienne passion dans les murs d'un asile psychiatrique. Ida Dalser n'aura de cesse de demander justice, sollicitant, par des courriers, gouvernement, pape et "éminence". Suite à onze années d'internement, elle mourra sans avoir jamais revu son fils.

Cette histoire secrète de l'Italie ajoute au mystère des salauds de ce monde. Regardez la place des images d'actualité ou de cinéma tout au long du film ! Le personnage de Mussolini jouera de la rixe devant l'écran, à même la salle de spectacle, avant d'y être en scène lui même. Celui qui fit naître Cinécitta prend une large place au travers d'images d'archives. Nous y découvrons un clown, digne de la plus populaire des "comédia del arte".

Que le réalisateur italien Marco Bellocchio nous raconte l'histoire d'un homme possédant son appareil médiatique et qui laisse trainer sa petite vertu au hasard de jupons plissés, n'est peut être pas anodins..