jeudi 28 janvier 2010

Fantastic Mr Fox

Le nouveau film de Wes Anderson est en fait son premier film d'animation. Adapté du Fantastique Maïtre Renard de Roald Dahl (auteur a qui l'on doit également Charlie et la Chocolaterie mais aussi The Gremlins), ce nouveau film est un vieux rêve d'enfant, le réalisateur ayant eu pour livre de chevet ce héros canin, fier et courageux, qui ne manque pas de mettre au défi trois ignobles fermiers.

Afin d'en savoir plus sur ce très réussi Fantastic Mr.Fox, dont la version originale nous offre la voix d'un Georges Clooney à la fois animal et élégant, distingué et très suave : du sur mesure pour notre carnassier; nous avons rencontré Patricia Sourdes, animatrice française, réquisitionnée pour prêter main forte à l'oncle Sam. Une expérience enrichissante pour cette jeune réalisatrice qui, on l'espère, l'amènera vers de nouveaux projets.. fantastiques!


O.C : En ce qui te concerne tu as fait une école à Valence (?) , ensuite tu as bossé pour La prophétie des grenouilles? Racontes moi un peu ton parcours et comment tu en es arrivée à être contactée par l'équipe de Wes Anderson?

Patricia Sourdes : Alors là, je suis désolée de le dire, mais que des erreurs! Je n'ai pas fait d'école d'animation, j'ai fait un BTS audiovisuel en montage. Je suis formée pour être monteuse.
Je suis arrivée à Valence, à Folimage (ndlr : Studio d'animation crée en 1981 dans la Drôme, étant aujourd'hui une référence au niveau international), en stage. A ce moment là ils allaient débuter sous peu une nouvelle saison d'une série TV en volume qui s'appelle Hopital Hilltop.
J'ai vu les animateurs bosser, ça m'a plu, ils avaient besoin de monde, j'ai fait un bout d'essai et ça a marché. C'est vrai que pendant la même période, à l'étage du dessus ils réalisaient la Prophétie des Grenouilles. Mais c'est de la 2D, ce n'est pas la même technique.

Je suis encore débutante comme animatrice, et à mon niveau on est pas encore contacté pour travailler sur un film, on envoie son cv et sa démo et on passe des coups de fils...

O.C : Tu es partie à Londres courant 2008 je crois, et tu as pu te mesurer aux techniques anglo-saxonnes? Comment était-ce? Sont elles différentes?

P.S : Les techniques étaient différentes effectivement de ce que j'avais pu voir précédemment, mais ce n'est pas tellement leurs nationalités qui les rend différentes, c'est la dimension du projet.
Je suis passée de petits studios français de 20 à 40 personnes, avec un esprit familial et peu de moyens, à un énorme studio qui donne l'impression les premiers jours d'un labyrinthe, une équipe de plus de 200 personnes et une production américaine. Donc voilà, techniquement c'est le rêve, tu as tout le matériel dont tu peux rêver et ce que tu avais appris à faire par toi même, parce que dans un petit studio tu dois te diversifier, là il y a quelqu'un dont c'est le job qui le fait pour toi. Donc tu te concentres sur ton boulot et ton boulot uniquement. Waouh!!

Par contre la différence de nationalité se ressent plus au niveau de la production. On est plus là pour faire ce qu'on aime, se faire plaisir tout en faisant de la qualité, on est là pour travailler dur, et si t'es pas content tu vas voir ailleurs!

O.C : Tu m'as dis être un peu déroutée par le côté "vidéo-conférence" / vidéo/ travail de Hollywood.. ?

P.S : En fait cet aspect était propre à Mr Fox. C'est la première fois je crois, qu'un réalisateur décide de réaliser son film à distance, par mail et téléphone. C'était un choix de Wes. Pendant un an de tournage il a dû venir 10 jours à Londres.
Cela rendait les choses extrêmement lentes et frustrantes. Wes avait une idée très précise de ce qu'il voulait sur tout. Donc imagines que tu veux placer un objet au premier plan. Si le réalisateur est là il prend l'objet, il le place et on en parle plus. Mais par mail, tu lui envoies une 1ère photo, au bout de quelques heures il répond "non, l'objet plus à droite", tu déplaces l'objet, tu reprends une photo, remail, là il te répond " non, pas tant, un peu plus à gauche"....c'est sans fin, et ce procédé valait pour tout. Cela rendait tout le monde fou.
Le pire c'est qu'on à jamais su pourquoi Wes n'était pas sur place avec nous.

O.C : Pour moi et les lecteurs qui n'y connaissent pas grand chose en animation peux tu nous dire sur quelles techniques tu as travaillé sur ce film? Et qu'es ce qu'on t'as demandé de faire? Tu m'as dis avoir apporté des solutions techniques, qu'elles sont elles?

P.S : En gros, parce que sinon ça va être long, il y a 3 grandes techniques d'animation. La 2D ou dessin animé ( Disney à sa grande époque, la prophétie des grenouilles...)
la 3D ou animation par ordinateur ( Pixar )
le volume ou stop motion ( L'étrange noël de Monsieur Jack, Wallace et Gromit...)

Mr Fox c'est du stop motion. Et Wes a voulu du stop motion pur, à l'ancienne, sans intégration 3D. C'est ce pour quoi j'ai été embauchée au début . Trouver des solutions pour faire des effets sans ordinateur, avec des bouts de ficelles et des trucs de l'ancienne école. Comment faire du feu, de l'eau, de la fumée? Donc voila, après beaucoup de recherches, le feu dans le film est fait de flammes en savon sculpté par exemple!

O.C : Ce film est-il un pas en avant dans l'histoire de l'animation?

P.S : Pour moi il s'agit plutôt d'un pas en arrière, dans le bon sens du terme. La stop motion a son age d'or derrière elle, avec des films qui ont marqué l'histoire du cinéma assez ancien maintenant. La stop motion récente tendait à se tourner vers un aspect 3D pour faire plus moderne, comme les Noces Funèbres pour lequel il était difficile parfois de dire s'il s'agissait de stop motion ou pas.
Mr Fox renoue avec la stop motion de l'age d'or, prouve que c'est une technique à part entière qui n'a pas besoin de la 3D pour plaire. C'est aussi un vrai film d'auteur, ce qui manquait dernièrement en animation.

O.C : Tu sors de ce boulot tu dois être sollicitée? Quels sont tes projets? Où en es tu de ton film à toi?

P.S : L'animation volume est une petite famille qui tend à rester la même et à tourner de films en films et de pays en pays. Il faut du temps pour l'intégrer, il ne suffira pas d'un film.
Mon court métrage est toujours en finition et derniers détails. Mais il devrait voir le jour bientôt !

lundi 25 janvier 2010

Conférence de presse des Césars 2010

Vendredi 22 Janvier : Ce matin, la chaîne cryptée nous conviait pour un petit-déjeuner au Fouquet’s afin de découvrir les œuvres et artistes nommés en lice à la 35éme cérémonie des Césars le 27 février prochain. Après nous avoir rappelé l’importance de cette institution jadis inaugurée par Jean Gabin, Alain Terzian, son président, nous informa de la présidence de la cérémonie en la personne de Marion Cotillard, ainsi que de la présence de Valérie Lemercier et Gad Elmaleh en tant que maîtres de cérémonie.

Entre croissants, champagne et regards obliques sur la nature de ma relation matinale avec ce vin pétillant, dont la bulle propulsée comme un service d’André Agassi sur l’enveloppe gustative de votre palais ressemble à une charge militaire savoureuse, un peu comme si chaque figurant du Ivan le Terrible de Sergueï Eseinsteïn brandissait un raisin géant pour venir en éclater le parfum sur la surface de votre langue amoureuse; je découvrais le penchant cinéphile des quelques 3900 professionnels de la profession qui forment l’ensemble des votants.

Aussi je fus heureux de m’apercevoir que le Gran Torino de Clint Eastwood n’était, cette fois, pas laissé pour compte. Plébiscité lors de sa sortie, les grands hebdomadaires français l’avaient oubliés lors des bilans de la fin d’année 2009.

Mais ma présence n’était pas due à cette machinerie, qui parfois peut respirer l’artifice, et qui est sans doute, pour toute industrie qui se respecte, un bon moyen d’animer et de dynamiser une profession. Nous rappellerons que c’est Frank Capra qui inspira la version originale, et qu’une idée émanant d’un tel homme ne peut foncièrement être mauvaise. Ma présence, donc, était due à la section court métrage (voir notre article précédent), dont les talentueux Gratuits pour les Filles de Claire Burger et Marie Amachoukeli, La Raison de l’Autre de Foued Mansour et Séance Familiale de Cheng-Chui Kuo sont retenus pour le grand bal costumé (Il nous tarde de voir Foued en costard !). A leurs côtés Donde esta Kim Basinger ? de Edouard Deluc, habile comédie tournée en Argentine, et Les Williams de Alban Mensch que je n’ai pas eu l’occasion de voir. Le grand oublié de cette sélection est sans doute le Montparnasse de Michaël Hers, qui malgré son indéniable sens du dialogue a dû inspirer à tort l’ennui chez les votants. Michaël Hers, quelque part, est à Deplechin ce que Leone est à Ford. Nous y reviendrons.

Dans la catégorie meilleur film se disputeront l’improbable Herbes Folles, le décevant Rapt, le joyeux Concert ainsi que La journée de la Jupe, A l’origine, Welcome, et celui treize fois nommé : Un Prophète.

Concernant les regards obliques j’eus vite fait d’être décomplexé dés lors que je me retrouvais en salle, accompagné d’un héroïque Gainsbourg, dont la fragilité, les lettres et le charme me rassuraient sur ma condition d’être vulnérable.

35éme cérémonie des Césars : le 27 Février sur canal+

lundi 18 janvier 2010

Maquis documentaires au nouveau latina

Cette année l'association Clap Noir - crée en 2002 pour soutenir et diffuser les productions africaines- proposera un rendez vous bimestruel au cinéma le Nouveau Latina.

Ce mardi 19 Janvier verra la présence de Osvalde Lewat, réalisatrice camerounaise qui interroge à travers son saisissant Une Affaire de Nègre la réalité démocratique du Cameroun. En effet en février 2000, le Président de la République Camerounaise institue un « commandement opérationnel » pour lutter contre le grand banditisme de la région de Douala. Le commandement procède à des rafles : mille six cents personnes disparaissent ou sont tuées.

Que ce soit un père effondré au deuil impossible, ou l'insolvable interrogation des familles des victimes, tout concorde à nous faire découvrir un pays impuissant. Cette mécanique dictatoriale (enlèvements, emprisonnements, rackets, trucage des urnes) ainsi que le témoignage affligeant - tellement nous ne nous situons plus dans une logique humaine, mais une logique de devoir accompli ou même de rendement - d'un des bourreaux, nous renvoient dans la figure l'histoire de l'Europe du 20éme siècle. Et nous assistons, de manière quasi médicale, à ce qui n'est même pas une confession : juste un rapport.

Par ailleurs la réalisatrice nous présentera en deuxième partie un film co-produit par Arte : Zimbabwe, de la libération au chaos de Michael Raeburn, et qui selon ses propres mots : "nous rappelle, avec une certaine acuité, à quel point le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument ».

Les Maquis Documentaires, un bon moyen de faire l'état des lieux d'une Afrique et d'un cinéma africain biens vivants et souvent méconnus.

Retrouvez le programme sur : www.clapnoir.org

samedi 16 janvier 2010

A Serious Man

A Serious Man, le nouveau film des frères Coen, met en scène Larry Gopnick, professeur de physique écartelé entre ses problèmes familiaux et professionnels, dans une Amérique des années 60. Cette Amérique du Middel West dont sont originaires les deux réalisateurs, eux aussi fils d'universitaires. Le film est assez déroutant. Bien que drôle par les aspects caricaturaux que les auteurs font de la religion et de la culture juive: le prologue yiddish, l'acceptation religieuse poussée à son paroxysme, une bar-mitzvah sous afghane pour celui qui célèbre ses 13 ans, et un rabbin- Yoda, dont l’étude ascète de la Torah a conduit à la sagesse du Jefferson Airplanes, le film déçoit par son refus de résolution dramatique. Les personnages, bien qu'attachants, comiques, n'évoluent pas, et la solide volonté, pour les pères du Grand Saut et du Big Lebowski, de ne nous conduire nulle part nous laisse sur notre faim.

mercredi 13 janvier 2010

Soirée Briviste

Mercredi 6 Janvier : Avait lieu hier soir une soirée de rentrée du festival de Brive, au cinéma le Panthéon à Paris. Sébastien Bailly son directeur nous annonça un partenariat avec le site de VOD : FilmoTv. Dont on peut observer en la personne de Jean OLLE-LAPRUNE la rigueur cinéphile et l’esprit de découverte. C’est en effet au cours de cette soirée que m’est apparu tout l’intérêt et la complexité du travail d’encourager le cinéma français, ce cinéma « où il ne se passe rien » comme le caricaturent parfois, à raison, nos amis anglo-saxons. Le cinéma des « petites amourettes » comme le décrivait hier soir une collègue journaliste et que j’appelle pour ma part le « cinéma mansardé ».

Quel est alors cet intérêt que l’on évoque ? Ce peut être celui du chercheur d’or, qui remuant la bouillasse à longueur d’année finit par récolter quelques pépites. Et si La main sur la Gueule d’Arthur Harari était cette pépite du cinéma français ? Pas juste un soir, un coup, comme une amourette Truffaldienne, mais un éclat qui aveugle le souvenir des hommes dans la vaste nuit du cinéma. Là je vois tout de suite que je ne suis pas crédible, trop d’emphase, d’enthousiasme ou d’ampleur.

Alors : reprenons.

La Main sur la Gueule est le premier moyen-métrage d’Arthur Harari (Oui au fond ?! C’est bien je vois qu’il y en a qui suivent ; effectivement le petit-fils de Clément Harari, stakhanoviste du second rôle, puisqu’il joua dans près de 120 rôles au cinéma et à la télévision). Ce film raconte la visite que rend Bruno – époustouflante découverte de Bruno Clairefond à travers l’anecdote du « marteau piqueur » ou « du Twist Again désaccordé », dont la force, la violence et la fragilité firent chuchoter – à raison- le nom de Patrick Dewaere – visite donc, que rend Bruno, et sa petite amie Liliane, à son père dans la campagne corrézienne. Non-dits. Tensions. Le temps ici s’est arrêté et les rancunes ont attendu le retour du fils.

Au sortir de la soirée, en rentrant à pied chez moi, ça m’a fait comme une petite déprime, voyez ? Pas méchant. Du genre de celle qu’on peut faire quand on croise une fille charmante, celle de quand on se met à côtoyer la grâce et qui nous renvoie à notre solitude, à notre grimace. J’avais vu dans ce film la même rage que celle que l’on met à exister quand on est adolescent, celle que j’avais au collège les premières fois que je découvrais le cinoche, c’était grâce à Arte, à Tous les garçons et les Filles de leur Age. Voilà La Main sur La Gueule pourrait être l’épisode « les années 2000 ».

Vous savez, après quelques verres, dans ce genre de soirée, lorsqu'il ne reste que quelques enragés, les discussions, quelque soit le niveau social des personnes, leur degré de réussite dans la vie professionnelle, versent immanquablement, irrémédiablement dans la cinéphilie la plus ésotérique, et là, avec un rosé tombé du ciel, on mesure le degré d’obsession de chacun. C’est là que le métier se fait. C’est à cette heure ci que l’on apprend le plus. Et l’on peut se demander si ces gens ont véritablement une famille, une femme, des enfants ou si dès lors qu’ils sont dans la solitude de leur chambrée, ils ne rejoignent pas Gable, Dietrich, Eastwood, Fulci, Ferrara..

Une nouvelle projection de La main sur la gueule a lieu le jeudi 21 janvier à 20h à l'Action Christine

vendredi 8 janvier 2010

Mr.Nobody

Mr Nobody est le nouveau projet, ambitieux, de Jaco Van Dormael, dont vous connaissez surement les fameux Toto le Héros (1991) et le Huitiéme Jour (1996).
Le réalisateur met cette fois Jared Leto et Diane Kruger à l'affiche de ce film flamboyant, qui aura été tourné entre la Belgique, le Canada et l'Allemagne, sur une période de six mois. A l'arrivée nous avons un film ample, complexe (surement dû aux 7 années que prirent l'écriture du scénario) et inventif (1 an de montage), qui traite d'un sujet ludique au cinéma: le temps et sa distorsion.

A travers un regard scientifique et fortement cinématographique, Jaco Van Dormael va étudier les plusieurs possibilités historiques qui s'offrent à un enfant, dont les parents se séparent, selon qu'il suit son père ou sa mère. Récit fluide, nous naviguons entre les années 80, 2058 et une visite guidée de Mars : l'auteur s'est en fait inspiré d'un de ses propre court métrage E Pericoloso Sporgersi, réalisé en 1982, qui proposait à un enfant qui court derrière un train la même alternative. Bien que l'histoire principale, autour de deux adolescents rebelles et romantiques - Anna et Nemo - séduit, l' ensemble est beaucoup trop long et l'on se perd au bout deux longues heures dans toutes ces vies multiplement fantasmées. On en vient à regretter un bon Ulmer ou tout est dit en 1h10 !

mercredi 6 janvier 2010

L'art et la Manière

C’est sous le regard de Claude Ventura que la série d’Arte consacrée à la création contemporaine a voulu ouvrir cette 9e saison. Survivant d’une époque où le service public prenait le risque de créer des vocations, Claude Ventura fut l’un des fondateurs de la regrettée (tremolo dans les blogs) émission Cinéma Cinémas (toujours disponible en Dvd). Ainsi, désireux d’explorer des univers aussi différents que celui du plasticien Felice Varini ou du graffeur Nasty, l’Art et la Manière propose des 26 minutes sur les artistes d’aujourd’hui.

Diffusé pour la première fois le Dimanche 10 Janvier, le portrait de Saul Leister (dont le sens de la construction en longue focale relève de la virtuosité), photographe américain, sera à la fois intime et nostalgique. Caméra sans pied, naturel des réponses non préparées, ici le foutoir d’un atelier à la lumière trop crue, là le hasard d’une ruelle ensoleillée : il existe une télévision qui n’a pas besoin de rassurer le spectateur, cet affamé au cerveau disponible, pour nous faire découvrir les formidables compositions couleurs de ce témoin new-yorkais.



L’Art et la Manière, tout les dimanches à 13h sur Arte.