Mercredi 6 Janvier : Avait lieu hier soir une soirée de rentrée du festival de Brive, au cinéma le Panthéon à Paris. Sébastien Bailly son directeur nous annonça un partenariat avec le site de VOD : FilmoTv. Dont on peut observer en la personne de Jean OLLE-LAPRUNE la rigueur cinéphile et l’esprit de découverte. C’est en effet au cours de cette soirée que m’est apparu tout l’intérêt et la complexité du travail d’encourager le cinéma français, ce cinéma « où il ne se passe rien » comme le caricaturent parfois, à raison, nos amis anglo-saxons. Le cinéma des « petites amourettes » comme le décrivait hier soir une collègue journaliste et que j’appelle pour ma part le « cinéma mansardé ».

Quel est alors cet intérêt que l’on évoque ? Ce peut être celui du chercheur d’or, qui remuant la bouillasse à longueur d’année finit par récolter quelques pépites. Et si La main sur la Gueule d’Arthur Harari était cette pépite du cinéma français ? Pas juste un soir, un coup, comme une amourette Truffaldienne, mais un éclat qui aveugle le souvenir des hommes dans la vaste nuit du cinéma. Là je vois tout de suite que je ne suis pas crédible, trop d’emphase, d’enthousiasme ou d’ampleur.

Alors : reprenons.

La Main sur la Gueule est le premier moyen-métrage d’Arthur Harari (Oui au fond ?! C’est bien je vois qu’il y en a qui suivent ; effectivement le petit-fils de Clément Harari, stakhanoviste du second rôle, puisqu’il joua dans près de 120 rôles au cinéma et à la télévision). Ce film raconte la visite que rend Bruno – époustouflante découverte de Bruno Clairefond à travers l’anecdote du « marteau piqueur » ou « du Twist Again désaccordé », dont la force, la violence et la fragilité firent chuchoter – à raison- le nom de Patrick Dewaere – visite donc, que rend Bruno, et sa petite amie Liliane, à son père dans la campagne corrézienne. Non-dits. Tensions. Le temps ici s’est arrêté et les rancunes ont attendu le retour du fils.

Au sortir de la soirée, en rentrant à pied chez moi, ça m’a fait comme une petite déprime, voyez ? Pas méchant. Du genre de celle qu’on peut faire quand on croise une fille charmante, celle de quand on se met à côtoyer la grâce et qui nous renvoie à notre solitude, à notre grimace. J’avais vu dans ce film la même rage que celle que l’on met à exister quand on est adolescent, celle que j’avais au collège les premières fois que je découvrais le cinoche, c’était grâce à Arte, à Tous les garçons et les Filles de leur Age. Voilà La Main sur La Gueule pourrait être l’épisode « les années 2000 ».

Vous savez, après quelques verres, dans ce genre de soirée, lorsqu'il ne reste que quelques enragés, les discussions, quelque soit le niveau social des personnes, leur degré de réussite dans la vie professionnelle, versent immanquablement, irrémédiablement dans la cinéphilie la plus ésotérique, et là, avec un rosé tombé du ciel, on mesure le degré d’obsession de chacun. C’est là que le métier se fait. C’est à cette heure ci que l’on apprend le plus. Et l’on peut se demander si ces gens ont véritablement une famille, une femme, des enfants ou si dès lors qu’ils sont dans la solitude de leur chambrée, ils ne rejoignent pas Gable, Dietrich, Eastwood, Fulci, Ferrara..

Une nouvelle projection de La main sur la gueule a lieu le jeudi 21 janvier à 20h à l'Action Christine