mardi 23 février 2010

LES EBLOUIS (OUBLIES) DU CINEMA

Ils ont leurs petites manies. Leurs obsessions. Ils passent de grandes heures dans les rayons de la FNAC, ou chez les bouquinistes. Pour eux l’été est une bonne occasion de fréquenter la fraîcheur des salles de cinéma, désertées par les gens en mal de tourisme : « L’Egypte ? Je ne comprends pas les gens qui partent en Egypte. Il y a de très beaux films sur l’Egypte » disait un de ceux-là : François Truffaut. Ils ont leurs priorités : préfèrent un Busby Berkeley à une ballade en forêt, la diffusion d’un Viviane Romance, sur le câble, à un feuilleté de perdrix aux girolles (ces gens sont incompréhensibles !), un Sjöstrom à un Tony Scott. Perdus pour la société, ils accumulent des coupures de journaux dans des cahiers de grands formats, des VHS dans des armoires à vaisselle, s’endorment avec Gregory Peck ou Ingrid Bergman pour se réveiller avec Raimu ou Simogne Signoret. Lorsque leurs rêves ne sont pas en 16/9 ou VistaVision , ils sont envahis par des rails de travelling et des panoramas. Pour eux la dégringolade a commencé avec la Nouvelle Vague, et estiment les actrices, aujourd’hui, comme des « cuisinières ». En mal de glamour et de films plus grands que leurs vies, ils se joignent à Boris Vian pour qu’on leurs « donne du Technicolor ! »

Ces drôles de personnages, vous les retrouverez un peu dans le documentaire de Jean Jacques Bernard et Julien Sauvadon, qui explorent à travers différents portraits cet explorateur abyssal qui sommeille en nous.

Et sur quelle mémoire fait-on réellement la lumière ?

Les Eblouis du Cinéma - samedi 27 février à 18h50 sur Ciné Cinéma Classic

dimanche 14 février 2010

AMER - Giallo V.F

Lorsque deux ambassadeurs du foie gras et de la poule au pot façon François Ier débarquent chez nos amis Belges, l'affaire peut devenir plutôt sanglante: rencontre avec Hélène et Bruno, réalisateurs d’Amer : un film qui fait du bien au cinéma français.. heu Belge.. Wallon.. Flamand ? Qui fait du bien aux cinéphiles. Implicitement, et bien que très radical, ce film pose la question de savoir si l'on peut retourner vers un cinéma de genre à la française? Un cinéma inventif, avec un réel traitement cinématographique, un cinéma de scènes. Poétique. Voyez vous fréquemment une femme faire l'amour à un courant d'air? Onaniste avec un peigne? Oui, si vous êtes l'intime de quelques vieux agités de la caméra : Norifumi Suzuki avec Le Couvent de la Bête Sacrée (1974); Michael Powell et Peeping Tom (1960), Shunya Ito et La Femme Scorpion (1972). Bref, pas que du prime time. Et bien pourtant le désir nous constitue en tant qu' Homme. Direction : Papa, Maman, Bergman et Moi !

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vendredi 5 février 2010

Paris m'inspire

Une très belle idée à vue le jour sur Ciné Cinéma Club. À l’initiative du département réalisation, scénario, production de la Sorbonne, une série documentaire consacrée à Paris a donné naissance à sept films de 26 minutes de jeunes étudiants. Bien que nous nous méfiions du film de thésard, qui a parfois tendance à confondre cinéma et confidences nombrilistes sous couvert de citations Baudriardiennes, nous ne pouvons que nous réjouir d’un projet qui donne la parole à une nouvelle génération. L’occasion certainement de voir de nouvelles audaces visuelles et de découvrir enfin les dessous de cette jeunesse que répudie tant nos instances !!

Bon, à dire vrai, il faut se calmer. Entre douces maladresses et réflexes universitaires, nous ne traversons que rarement la frontière du Sorbonnarement-correcte. A se demander si la mort de Rohmer ne signera pas la fin d'une quelconque possibilité d’évolution au sein de l’antichambre des blocs-notes du cinématographe ?

Le meilleur se situant dans des films de « passeurs » : La renaissance ou la vie Intermédiaire de Pauline Pelsy- Johann (reportage sur ce café de la rue Championnet dans le 18éme, qui inspira autant Deville, Chabrol que Tarantino dans son Unglorious Basterds) ; Italo ou le Nouveau Monde de Jean Baptiste Bonnet (portrait du cinéphile ITALO MANZI– collaborateur de l’Encyclopédie du Cinéma Français d ‘Armel De Lorme dont nous reparlerons dans les prochaines semaines) ou ce Belleville en films de Rhama Benhamou El Madani, qui arpente avec une bénévole d’association (Belleville en vue-s) le quartier de Casque d’Or de Jean Becker, et dont le travail sociolinguistique avec les immigrés donne lieu à des témoignages qui renseignent bien sur les priorités pédagogiques cinéphiles à apporter.

En effet, que peut signifier Casque d’Or à des personnes pour qui Chouchou représente le cinéma Français ? Problématique cruciale qui n’est qu’amorcée dans le film. Bien courageux les colporteurs de cinéma. Enthousiasme, humilité et stratégie militaire pour celui qui ira à l'encontre des échecs de l'éducation nationale.

Reste ce spécimen : Passemerveille, où la voix de Michael Lonsdale vient traduire les rêveries hallucinées d’un insomniaque, amoureux érudit d’Histoires Naturelles : Guillaume Massart. Ce jeune réalisateur a vu dans le lac de Daumesnil la possibilité d’un grand hommage à ses émissions nocturnes favorites : un regard Rousseauiste et cynique sur le monde.

Paris m’inspire du 6 au 28 Février, en multi diffusions sur Ciné cinéma Club.

mardi 2 février 2010

LA HORDE

Faire un film fantastique aujourd’hui en France est de l’ordre de l’enjeu. Bien loin des accommodations d’Eurociné en son temps, en la personne de Marius Lesœur (le Roger Corman français- le Lac des Morts Vivants, Mondo Cannibale.. ) le genre actuel peine à s’affirmer mais également à trouver son public.

Victime d’une économie fragile les réalisateurs réduisent leurs ambitions, décors et scènes. Ce qui fonctionne aux États-Unis, qui a dopé le cinéma italien ou japonais dans les années 70 semble être réservé en France à quelques obscurs cinéphiles ou geeks introvertis.

Pourtant que serait l’histoire du cinéma sans Sergio Leone, Kenji Mitsumi ou Dario Argento ? « Un curé sans soutane, une soupe sans sel, un baiser sans moustache » nous dirait Blier dans Calmos : bref, une vie sans ivresse.

Mais qu’est-ce qu’ils lui ont refilé ? Ça existe quelque part dans un manuel médical ? Les réceptions sous Baudis devaient être sacrément arrangées place du Capitole. Ses années toulousaines semblent lui avoir laisser quelques séquelles au père Dahan. Peut-être avez-vous vu ses interventions musclées sur Ciné Cinéma ? Du vrai concentré de Sud-Ouest en liberté.



Après s’être fait un nom à Positif ou Mad Movies, Yannick Dahan, enthousiaste notoire, est arrivé un peu par hasard à la télévision pour défendre du Bis ou défoncer du Nanard. Aujourd’hui, suite dans les idées oblige, le voilà aux commandes de son premier long métrage coréalisé avec son acolyte Benjamin Rocher (en vérité les deux doublures festival de Jaume Balagueró et Paco Plaza réalisateurs de Rec). Par soucis d’indépendance les deux compères ont même décidé de monter leur propre production.
Bien sûr il a fallu se confronter aux réalités financières, et découvrir qu’avec le budget d’un Guiraudie, il était parfois difficile de faire un McTiernan. Bienheureusement obstinés, les voilà avec un film de zombie qui a su créer l’émulation, puisque 3000 personnes se sont portés volontaires (traversant parfois toute la France) pour venir manger de la chaire fraîche, les yeux révulsés, avec une manière de marcher qui semble aller à l’encontre de toute théorie darwinienne : bref, c’est beau les superproductions à la française ! (Vous faites quoi ce week end?)

Citer Carpenter, Romero, Lenzi ou même Audiard (que j’aime le mélange des genres !!) ne vous rendrait pas le plaisir de défoncer du zombie pendant une heure trente (parce que marre des films de 2h20) dans ce film au démarrage quasi-lepéniste (si, ça surprend au début) qui se clos en survival musclé et dont Yves Pignot, archétype de l’ancien d’Algérie (Cremer dans De bruit et de fureur), propose une interprétation amusée, « hédoniste » mais intransigeante.

D’aucuns seront regardants, moi j'ai juste envie de retrouver mes infirmières-vampires, mes hommes poissons, mon mutique Django contre l'épouvantable Frankeinstein, mes braves bidasses contre l'effroyable Gozilla et l'invincible Fukasaku contre tonton Tarantino !