Zinos est le sympathique propriétaire d’un rade pour camionneur : le Soul Kitchen. Quelques péripéties l’emmènent à revoir sa carte et ainsi à faire naître le restaurant le plus branchouille de la ville de Hambourg, les amateurs du quartier Bastille à Paris s’y reconnaîtront.

Si le film est aussi séduisant c’est peut-être parce qu’il ressemble à son réalisateur.

Précoce, Fatih Akin se fait remarquer dans les années 90, à l’âge de 23 ans, par deux premiers courts métrages (Sensin - du bist es! - 1995 et Getürkt (Turqué) - 1996), puis ce sera la reconnaissance internationale avec son premier long métrage : Kurz und Schmerlos, L'engrenage - 1998.

Entreprenant, noceur, homme de la nuit, le personnage de Zinos est largement inspiré de son ami et acteur Adam Bousdoukos.

En effet, en parallèle d’une activité d'interprète, ce dernier est propriétaire, dix ans durant, d’un humble restaurant : la Taverna (signifie : "restaurant populaire" en Grèce). Repaire et lieu de vie nocturne des deux complices, amateurs de musique, DJ quand l’occasion se présente. Ça n’est qu’au cours d’une invitation dans un festival de cinéma Grec, qu’ils découvrent la cuisine traditionnelle. Et c’est autour de la table qu’ils prennent conscience de la profondeur culturelle de celle-ci.

De retour en Allemagne Adam s’imagine être la Hyène Intrépide (Jackie Chan – 1979) ou le protagoniste du Festin Chinois de Tsui Hark (1995). Md Bousdoukos aux fourneaux, Adam sur le ring, ils espèrent convaincre la clientèle, mais celle-ci, tel le réflexe pavlovien qui nous conduit sans cesse vers la restauration rapide (le Hambourger !! ), préfère ses frites et ses calamars frits. De quoi rendre son tablier.

Et son réalisateur à sa ville.

Hambourg, ici dépeint, acquiert sa richesse grâce à son statut de port cosmopolite. Déjà, au début des années 60, alors que la ville se fait le réceptacle du Rock’n Roll U.S, à coup de 45t import, 5 garçons, bientôt 4, font leurs armes jusqu'à 8heures par nuit à travers les marins de passage, l’houblon, et l’épaisseur du tabac ventilé par leurs coupes de 4 garçons dans le vent. Le commerce économique engendre celui des idées.

Peu étonnant dès lors la constante interrogation, de ce fils d’immigrés turcs, pour ses racines balkanes - nombril détonateur de l’Europe (Wir Haben Vergessen Zurueckzukehren sur sa famille - 2000; Solino 2002 chronique d’une famille Italienne à Duisburg ou Crossing The Bridge sur la scène musicale d’Istanbul – 2005).

En découle le brassage – au sein de cette brasserie - de musiques diverses : Soul Américaine (Quincy Jones, Kool & The Gang), Rebetiko (soul music grecque) Funk instrumental : le tout servi prompto entre deux Mezedes et une Moussaka (fut-elle géante).

Soul Kitchen, c’est cette fable contemporaine, mais c’est surtout une belle équipée de personnages, que l’on aimerait avoir comme potes, et dans lequel on se projette, pour peu que l’on ait presque trente ans et que l’on aime se perdre dans le brouillard, mal ventilé, de la nuit.