Etonnante et rare galette que ce Out Of The Blue de 1980, troisième film, période « tricard à Hollywood », de Dennis Hopper. Débarqué comme réalisateur au milieu du tournage, Hopper décide de remodeler le scénario de Leonard Yakir, façon nihiliste. Depuis l’échec de The Last Movie en 71, il n’a pas dirigé, cette fable désabusée le remettra en selle. Réponse non avouée à Easy Rider, l’homme présente une Amérique épuisée par une décennie libertaire.

D’un point de vue cinématographique, nous sommes dans le naturalisme sordide, ce qui n’aura peut être pas échappé au Gummo d’Harmonie Korine ou au Kids de Larry Clark : jour de carnaval, Don Barnes conduit sa fille jusqu’au bus de l’école, la lumière est celle du matin, une main sur l’immense volant de son semi-remorque, une autre épousant la fraîcheur d’une petite boisson fermentée. Ça se chamaille, ça rigole. On est déconcentré. Et il n’y a pas assez de distance de freinage pour éviter le car scolaire, en panne, au milieu de la route.

Quelques années plus tard reste une jeune fille « no futur » s’accrochant violemment à une existence sans repaire. Et un homme qui a perdu du temps, qui ne sait plus trop si c’est une fille ou une femme qu’il a laissé, accidentellement, il y a des années. Don Barnes va devoir faire face à ce passé.

Mais pas de rédemption puritaine tendance happy-end Hollywoodien. Le regard est plus nuancé. L'homme en fauteuil roulant, venu inauguré son étoile sur le Walk Of Fame cette semaine, affaibli par un cancer, est le même qui pratiquait des happenings à la dynamite, et prônait l'usage du L.S.D. Habité, courageux, complexe (Républicain et conservateur) le film est à l'image de son auteur. Harmonieux et amer, comme une chanson de Neil Young.

« Plutôt exploser en vol que mourir à petit feu » N.Y