samedi 12 juillet 2008

Dying God (Fabrice Lambot, 2008)

Vous ne le trouverez qu'en kiosque, rayon gore et sous blister, à l'enseigne Néo Publishing (la jolie tête de mort). C'est le Kurupi, espèce de dieu amazonien looké façon Swamp Thing qui, avant d'expirer, se doit d'ensemencer une gironde bien féconde avec son gros zgeg de deux mètres de long. C'est la première série Z de l'ami Lambot (produite par Jean-Pierre Putters et sa société Métaluna), tournée en HD à BuenosseAiresse en 22 jours, avec une flopée de scream queens autochtones, une bien jolie française (Agathe de la Boulaye), l'illinoise Erin Brown (a.k.a Misty Mundae, starlette du cavalage) et l'increvable Lance Henriksen, ici paraplégique mais toujours très hard-boiled. Croisement incongru entre le Quetzalcoatl de Larry Cohen et le Manitou de William Girdler, maquillé Wes Craven et massacrant giallo, ce "godemiché mourant" (dixit JPP) ne cherche pas à être ce qu'il n'est pas mais s'affirme tel qu'il est : cheap et choc, glauque et trash, Lustig à la française, cormanien quotidien - du nanan pour happy few (il ne manque que Tony Curtis).

vendredi 6 juin 2008

Admis à tout prix (Steve Pink, 2006)

Les comédies américaines modernes continuent à alimenter le direct to DVD et celle-ci vaut le détour (c'est souvent le cas - voir Mike Mills, Mike Mitchell, Adam McKay) car joliment déviante façon Dante-Arkush dans les seventies (Rock'n'Roll High School). L'hymne ramonien du Blitzkrieg Bop résonnant dans la fac galvanisée n'est d'ailleurs pas un hasard et Steve Pink (nouveau venu) occupe d'emblée une place de choix entre les Apatow/Mottola, nos Farrelly et la bande à Ferrell, l'invraisemblance absolue du scénario (on ne peut guère faire pire) ajoutant encore à l'absurdité ambiante, pure bêtise qui déchire. Comme d'habitude, la new wave des freaks & geeks (dont l'immense Jonah Hill, juste avant SuperGrave, et Justin Long, curieux mix destroyé de Seth Green et Dylan McDermott) parade en idiotie, donc très poétiquement. On peut acheter le film 9 € chez Champion ou Carrefour, ce qui est en train de devenir un critère.

dimanche 30 décembre 2007

La collection des courts-métrages Pixar - volume 1 (1984-2007)

Terminons l'année familial : la compilation sus-nommée est une sacrée merveille, un cadeau pour les yeux, le coeur et les neurones, tant l'alliance du visuel (époustouflant), de l'émotion (souvent triste) et de l'intelligence (cultivée) semble gouverner toute production Pixar, depuis les incunables du génie Lasseter (décidément un des plus vifs réalisateurs vivants) et de son disciple Brad Bird, jusqu'aux récentes innovations, hilarantes, mélancoliques, savamment primesautières. On rit on pleure on s'ébaudit, on s'angoisse pour la vie pas facile de ce petit monde virtuel qui, surgi des octets et folles programmations, nous paraît plus qu'humain. Allez viens, on remet ça et après, hop au lit !

vendredi 26 octobre 2007

Barbe-Bleue (Edgar George Ulmer, 1944)

Béni soit Bach Films ! Il existe tellement peu d'ulmeriades en DVD zone 2 (hormis Detour, maintes fois réédité au rabais, et deux trois autres bricoles) que l'édition (totalement inédite) de ce chef d'oeuvre d'Edgar George avec Carradine Sr (John, père de Bill) dans le rôle-titre du marionnettiste strangulateur amateur d'opéra (Faust de Gounod version puppetoon) ne pourra que ravir les fanatiques de cinéma gonzo et d'émotions baroques. Avec un bout de ficelle et ses boutons de culotte, l'austro-hongrois zinzin, fidèle à sa légende et à ses 250 $ hebdomadaires, construit un flamboyant mélo morbide d'une inventivité visuelle époustouflante, accréditant par anticipation la théorie de Joe Dante selon laquelle "plus on a d'argent, plus le film est mauvais". Ici, c'est du tout bon avec peau de balle - de quoi faire pâlir Roger Corman.

samedi 4 août 2007

Ricky Bobby : Roi du circuit (Adam McKay, 2006)

Adam McKay, qui joue toujours pour l'écurie Apatow en compagnie de l'acteur-scénariste Will Ferrell, délaisse ici Ron Burgundy, présentateur-vedette, pour s'intéresser à la destinée picaresque d'un bradassé des stockcars, dans la vraie tradition américaine de la farce ironique à forte fragrance testostérone. Grand barouf vrombissant et burné qui nous ramène, jeunesse jeunesse, aux exploits du grand Burt, voire d'Evel, orchestrés sans complexe par l'ancêtre Hal Needham dans les nobles seventies. A peine relooké, ce bath courant déconno-bouseux (au passage anti-Bush) n'a rien perdu de son charme - on rigole (c'est même très drôle), ça décape côté american dream, les acteurs nous chahutent, Ferrell pole position, John C. Reilly grandiose et l'outsider Sacha Baron Cohen en français gay et snob qui vous cite William Blake avec un con d'accent. A l'arrivée, Will et Sacha se roulent une jolie pelle devant les barbies ébahies. Vavavoum !

vendredi 27 juillet 2007

Breezy (Clint Eastwood, 1973)

Pour ceux qui pensent encore (et il y en a) que Clint Eastwood s'est bonifié sur le tard, voici l'occasion de réviser ses préjugés bobos en acquérant dare-dare l'édition DVD (après trente-cinq ans de purgatoire) du mélo dépressif sobrement intitulé Breezy, avec le grand William Holden, übersex bien avant George Clooney, et l'ameugnounante (pour jacter comme Manchette) Kay Lenz qu'on ne reverra guère, hormis à la télé ou dans des séries B-C-Z. C'est beau, désespérément humain, romantique à crever (tendance amour à dissolution instantanée), photographié crépusculaire par l'oublié Frank Stanley (chef op' pour Blake Edwards, Cimino et les premiers Jeremy Paul Kagan, mort en 1999), arpégisé discret par notre Michel Legrand national en plein trip lacrymo-hollywoodien ; ça prouve surtout que le vieux Clint a toujours été un coeur d'artichaut qui sait s'épancher sans songer au qu'en dira-t-on - un homme un vrai, mazette !

jeudi 26 juillet 2007

The Other (Robert Mulligan, 1972)

Adapté du Visage de l'autre, premier roman fébrile de l'acteur Tom Tryon (futur auteur de Fedora), The Other est le second volet (après The stalking moon (western, 1969) et avant The Nickel ride (polar, 1974)) d'une "trilogie des genres" que Mulligan entame suite à sa "rupture" avec le producteur-réalisateur Alan Pakula pour lequel il avait signé, depuis le début des années soixante, une imposante (et méconnue) succession de comédies puis de drames étonnamment pessimistes. Ce renouvellement d'inspiration, unique dans sa carrière (il retournera vite aux romances aigres-douces comme Un été 42 (1971), Même heure l'année prochaine (1979) ou le magnifique Kiss me goodbye (1983)), démontre sa remarquable capacité à respecter des règles strictes (ici celles du thriller horrifique) en demeurant lui-même, c'est-à-dire un subtil analyste des états d'âme dépressifs de personnages meurtris, incapables de survivre dans un monde codifié.
MK2 vient d'avoir l'excellente idée de proposer en DVD cette perle rarissime, jamais éditée en VHS et indisponible au cinéma depuis des lustres, faute de copie 35 mm projetable. Il reste à espérer qu'elle préfigure de futures exhumations (en priorité The Nickel ride, chef d'oeuvre désespéré du cinéaste) au sein d'une filmographie bien oubliée.