PETIT
PANORAMA DE SERIES
TELE AMERICAINES
CONTEMPORAINES
Par
Jean-Michel WINGERTSMANN
« Dans l’utérus de l’amour,
nous sommes tous des poissons aveugles » Breat Easton Ellis In Glamorama,
(éd 10/18, p.98, 1998)
« Dans l’utérus de l’amour
nous sommes tous des poissons aveugles »,est
un des fameux aphorismes ineptes et surréalistes de Victor
Ward, le narrateur mannequin de Glamorama. Cette remarque,
qui oscille entre le sempiternel refrain d’une chanson pop
sortie d’un clip de MTV et le slogan d’une réclame, aurait
très bien pu être énoncé dans un soap. En effet,
que se soit dans certaines fictions télévisées ou chez Ellis,
ce qui se dit importe souvent moins que le fait de le dire.
Les programmes ont subi et continuent de se voir infliger
par les décideurs, intentionnellement ou non, des contraintes.
La bourgeoisie américaine, mais pas seulement, a imposé à
la société son ordre des valeurs, avec ses normes moralisantes
spirituelles austères. Elle s’est heurtée à l’idéologie, largement
séculière, qui imprègne la Constitution américaine. Ces deux
convictions s'opposent depuis plus de deux siècles et la ligne
de démarcation n’en finit pas de se mouvoir. L'alliance contre-nature
de cette conception et de la communication de masse a engendré
des séries télévisées, dont la qualité artistique est subordonnée
à une orientation commerciale qui les uniformise et les aseptise.
Depuis plus de 10 ans, des séries novatrices comme Twin
Peaks, Profit et Les Sopranos, entre autres,
se sont imposés comme de grandes œuvres et nous apparaissent
comme un important objet de réflexion.
LES SERIES ET LA TELEVISION AMERICAINE
Le FCC (Federal Communications Commission),
fut créée en 1934 pour assigner les fréquences des stations
de radio et réguler toutes les communications par radio,
télévision et le câble. Le paysage audiovisuel seconcentre, actuellement, autour de quatre grands
groupes : ABC (filiale de Disney), CBS (appartenant
à Viacom), Fox (propriété de News Corp, le groupe de Rupert
Murdoch) et NBC (filiale du conglomérat General Electric).
Le FCC s'apprête aujourd’hui à autoriser News Corp et Viacom
à atteindre jusqu'à 45 % de l'audience nationale, au
lieu des 35 % autorisés jusqu’alors. Même si cette
éventualité est pour le moment repoussée, on peut craindre
queces deux géants de l’audiovisuel n’étendent
leurs possibilités de croissance au point de pénaliser les
petites chaînes qui verront, ainsi, se réduire leurs offres
de programmes créatifs. La télévision n’a joui historiquement
que de brefs moments de liberté, en 1987 le FCC réagissait
aux réclamations d’une certaine partie du public en adoptant
différentes mesures pour restreindre l’usage de termes sexuels
explicites (2). Une œuvre est difficilement visible dans
son intégralité, sauf sur la chaîne publique (PBS) ou sur
les réseaux à péages (HBO, SCI-FI Channel,
Showtime).
Même si l’influence des ultra de la Christian Coalition
sur la société américaine n’est plus que l’ombre d’elle-même,
la série comique Married… with Children a été attaquée
en justice par une téléspectatrice qui la trouvait trop
vulgaire. La diffusion des programmes aux USA a été largement
libérée de la censure gouvernementale parce qu'elle s'est
auto réglementée d'une manière plutôt vigoureuse (house
cleaning). Les chaînes ont adhéré volontairement à un autre
code conçu par la National Association of Broadcasters.
Les médias majeurs ont leur propre système d’autorégulation,
CBS, par exemple, a toute une équipe qui examine ses scripts
et ses images, ce qui a des répercussions déterminantes
sur l’évolution de ce média.