Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

     


 

 

 

 

 
Etre et Avoir (c) D.R. ETRE ET AVOIR
de Nicolas Philibert
Par Pascal THOMAS
pour Cinélycée.com


SYNOPSIS : Il existe encore, un peu partout en France, des écoles à "classe unique", qui regroupent, autour du même maître ou d'une institutrice tous les enfants d'un même village, de la maternelle au CM2. Entre repli sur soi et ouverture au monde, ces petites troupes hétéroclites partagent la vie de tous les jours, pour le meilleur et pour le pire. C'est dans l'une d'elles, quelque part au cœur de l'Auvergne, que s'est tourné ce film.

....................................................................

POINT DE VUE

La marque des grands cinéastes est de saisir le spectateur dès l’ouverture du film. " Etre et avoir " de Nicolas Philibert n’échappe pas à cette règle. Quelques plans et nous voilà fixés. Le style, le ton, l’esprit sont donnés. Et ce curieux sentiment intérieur que s’annonce un chef d’œuvre ou plutôt que nous nous tenons devant un chef d’œuvre au sens plein, celui que donnaient les compagnons à leur plus bel ouvrage.

  Etre et avoir (c) D.R.

Nous sommes dans un paysage de campagne. On rentre les bêtes, des salers, sous une furieuse tempête de neige. Voici la salle de classe, un jour de congé. Les chaises ont été relevées sur les tables d’écolier. Le plan dure un peu. Le temps de fixer l’ordre, la propreté du lieu. Un léger mouvement derrière l’estrade, arrive le désordre : une tortue a surgi, une grosse tortue d’école, l’animal le moins auvergnat de la création qui, comme le chien d’André Dhôtel, se dirige à vive allure vers un but improbable et dans un univers qu’elle ignore périssable. En voici un deuxième. Tout est dit. Les enfants peuvent venir. Un univers peuplé d’animaux fabuleux. Un univers miraculeux et plein de miracles. Le premier miracle étant cette classe, ce foyer où l’on va se réchauffer quand, dehors, c’est la guerre des éléments. Le ton dominant de disposition bienveillante du film de Nicolas Philibert sera le deuxième miracle.

On peut s’étonner ensuite, après avoir vu un certain film de la sélection officielle du festival de Cannes qu’Etre et avoir n’y ait pas été préféré. Cette sélection 2002 y aurait perdu les paillettes du faux scandale médiatique pour y gagner la tenue et le bénéfice d’avoir reconnu avant le public le génie retenu d’un cinéaste dont la nature peu tapageuse est appelée à faire grand bruit. Peut-être a-t-il manqué à ces " sélectionneurs  cannois " la chance d’avoir eu un premier maître comme celui de la classe multiple d’Etre et avoir. Un de ces maîtres pour lesquels le véritable but de l’école doit moins être d’enseigner la complexité que de restituer la simplicité. Un de ces professeurs comme en créait tant, jadis, l’Instruction Publique, dont l’enseignement nous permet de résister à vie à cette cataracte grondante et sans cesse renouvelée de tous les snobismes et lâchetés de goût, dont les leçons nous ont bâti de façon à ne pas nous égarer dans le faux à la place du vrai, nous font distinguer et préférer le secret plutôt que le clinquant, le retenu plutôt que le relâché, la drôlerie de la vie plutôt que sa peinture sinistre, Etre et avoir plutôt qu’Irréversible.