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ERIC ROHMER
Réalisateur
Par Clément GRAMINIES


LA SINGULARITE D’UN CINEMA EN CONTREPOINT

Eric Rohmer, l’un des pères fondateurs de la Nouvelle Vague et ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma de 1957 à 1963, a réalisé pas moins de vingt-sept long-métrages depuis 1959. La singularité de son univers cinématographique tient essentiellement de la volonté du réalisateur de ne travailler qu’avec des acteurs non professionnels en décor naturel sur des dialogues particulièrement écrits.Ce choix d’une certaine modernité était alors en rupture totale avec les productions françaises d’alors, plus classiques, qui, à l’image d’Hollywood, créaient « un monde métaphoriquement signifiant, avec un son, une lumière et une couleur, un espace subjectifs, exprimant ceci ou cela, véhiculant telle signification » (1). La Nouvelle Vague, notamment guidée par les travaux de Jean-Luc Godard, a souhaité rompre avec cette représentation du cinéma en s’inspirant davantage de réalisateurs dits modernes comme Robert Bresson ou Roberto Rossellini.



Dès ses premières réalisations, Eric Rohmer descend lui aussi dans la rue et filme en son direct son deuxième long-métrage La Boulangère de Monceau en 1963, avant de connaître une certaine consécration critique et publique avec ses six Contes moraux dont les fameux La Collectionneuse (1967), Ma nuit chez Maud (1969) et Le Genou de Claire (1970) qui révélait alors Fabrice Luchini au grand public.

Mais le goût prononcé du réalisateur pour une certaine littéralité l’amène à inaugurer la série des Comédies et proverbes qui s’étendra sur l’ensemble des années 80, dont les films majeurs restent à ce jour Pauline à la plage, Les Nuits de la pleine lune (avec la regrettée Pascale Ogier, fille de Bulle Ogier) et Le Rayon vert, l’un de ses long-métrages les plus significatifs de ce cinéma moderne défini comme représentation de cette non-évidence du réel toujours selon Fabrice Revault d’Allonnes. Dans la même veine, la décennie suivante sera consacrée à la réalisation de quatre long-métrages de la collection des Contes des quatre saisons dans lesquels on retrouve Conte de printemps (1989), Conte d’hiver (1991), l’excellent Conte d’été avec Melvil Poupaud, et le moins connu, Conte d’automne (1998), qui clôt singulièrement cette longue période de comédies dites légères, où l’indécision des personnages en matière d’amour constituait la trame principale du scénario.

Mais à partir des projets suivants, on sent que le réalisateur, alors âgé de plus de quatre-vingt ans, est en rupture avec son univers habituel. L’Anglaise et le Duc, en 2001, puis Triple agent en 2003, traitent de sujets particulièrement graves et décisifs dans l’histoire de France (la Révolution française et le Front Populaire) et ceci, en y impliquant directement ses personnages. Alors que bon nombre de réalisateurs auraient probablement choisi de rendre compte de ces périodes déterminantes en adoptant le point de vue de personnages moteurs dans cette considérable évolution des mœurs, Eric Rohmer choisit de s’intéresser à ceux qui n’en furent pas les acteurs, voire ceux qui s’y opposaient.