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FESTIVAL
D’AUBAGNE 2004

BERNARD FAVRE

Réalisateur
Par Nicolas MATHIEU


LE COLPORTEUR

Rencontre avec Bernard Favre, cinéaste et pédagogue qui fait son cinéma comme l’on voyage et vend à ses spectateurs des colifichets d’ailleurs.



Une terrasse ensoleillée à Aubagne. Le Festival international du film s’interrompt le temps de boire un verre. Bernard Favre, réalisateur et membre du jury court métrage, présente La Surface de réparation dans le cinéma voisin. Une histoire de footballeur yougoslave sur fond de guerre du Kosovo. Film qui n’a pas marché en son temps (2002), mais qui va beaucoup plaire ici. Il me rejoint comme prévu, s’attable, commande une bière.

Stature de rugbyman rangé des voitures, moustache tombante, œil pointu et assurance roublarde, il a tout du vieux pro à qui on ne la fait pas.

Dans sa bio officielle, on apprend qu’il est né à Enghien-les-Bains en 1945. Mais c’est plutôt du côté de Tignes qu’il faut chercher ses racines. « Toute ma famille vient de là-bas. Une longue lignée de maréchaux-ferrants. Mais en 52, ils ont noyé le village pour construire un barrage. Cette histoire a hanté mon enfance. Mon grand-père n’y a pas survécu. Alors quand on te bassine tous les dimanches avec ça, pendant des années, forcément, ça laisse des traces. »

Lesquelles justement ? Tout d’abord une méfiance viscérale à l’égard du pouvoir. Chez Favre, il y a du renégat, quelque chose de définitivement libertaire. Et quand il retrace son parcours, sa jeunesse orageuse, la manière dont il a épousé le cinéma en lui faisant les poches, son statut de franc-tireur, on se rend à l’évidence : demeure en lui un terreau d’insoumission irréductible.

Ensuite, c’est à encore Tignes (le nouveau Tignes !) qu’il va trouver, des années plus tard, la matière de son premier scénario : La Trace. « Autrefois, les gens qui vivaient dans la montagne étaient forcés d’avoir une activité de substitution pendant l’hiver. Beaucoup d’entre eux étaient colporteurs. Certains allaient jusqu’en Catalogne. Vendant des articles de mercerie, de la dentelle. C’est naturellement devenu le sujet de mon premier film. J’ai d’ailleurs hérité ce goût du voyage. De l’errance. Simplement marcher, regarder, être chez soi n’importe où. Pour moi, rien n’est pire que de se sentir propriétaire. Faire des films, c’est la même chose. On part, comme une troupe de théâtre, on met les problèmes domestiques entre parenthèse. » Et il est vrai que sa filmo respire l’odeur du large. Pas du genre à fréquenter les studios parisiens. Les Alpes pour La Trace, l’Inde pour Pondichéry, l’Algérie, la Syrie et j’en passe. L’an passé encore, il traversait le continent américain de Washington à Vancouver pour les besoins d’un documentaire sur l’eugénisme.

Mais il ne fut pas toujours nomade. Son enfance, c’est en sédentaire qu’il la passe, à Epinay sur Seine. Et déjà : le cinéma. « J’allais tout voir. Je me souviens, Les Maraudeurs attaquent à l’aube, Le Miracle des loups, L’Appel de la forêt, je loupais rien. A part la caisse. Parce que la plupart du temps, avec les copains, on rentrait en douce. Puis vers 16-17 ans, grâce au ciné-club du lycée, j’ai connu mes premiers grands chocs : Hiroshima mon amour d’abord. Pour moi c’était l’invention de l’intimité. Et puis cette lenteur, j’étais complètement hypnotisé. Suivent La règle du jeu, Citizen Kane, cursus normal d’un cinéphile des sixties. »