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BRIVE 2004

VIE MATERIELLE

de Franck Helson
Par Nicolas JOURNET

SYNOPSIS : Une famille habite dans l’appartement d’une gare désaffectée. Elle s’occupe de ses deux enfants ainsi que ses repas, lui réalise des petits travaux pour des agriculteurs. Un après-midi, la famille reçoit la visite d’un employé qui vient leur couper l’eau pour factures impayées...



LA PREUVE PAR LE FAIT

Avec Vie matérielle, Franck Helson adapte une nouvelle de Marguerite Duras où la romancière basait sa réflexion sur un fait divers. Il faut dire qu’il avait valeur de symbole ce fait divers. Prenez une famille du Sud en proie à de très grosses difficultés financières, arrive un employé qui coupe l’eau courante et voilà que, désespérés, un homme, sa femme et deux enfants se jettent sous un train. L’histoire met le rapport au matériel en question. Cela pose un problème éthique : la vie d’êtres humains n’était-elle pas plus importante qu’une facture d’eau ? C’en est presque politique : la logique capitaliste prend au vu de ce récit un aspect totalement déraisonnable.

Dans sa manière d’aborder ce fait divers, Franck Helson décide de pousser les événements réels dans leurs retranchements cinématographiques. Il filme le quotidien d’une famille dans son déroulement le plus insignifiant. La mère de famille passe son temps à faire la vaisselle ou à laver le linge, le père à chercher du travail et à planter des clotûres quand il en trouve et le fils à boire de grands bols de lait et grignoter des brioches. Tout cela dans un grand silence. Le premier dialogue intervient à peu près aux deux tiers du film. L’idée est intéressante : la tâche ménagère la plus banale apparaît comme une oppression insupportable, l’habitude se montre sous son aspect le plus horrible. La caméra se frotte au concret.

Malheureusement, à la longue, la répétition des petites scènes quotidiennes devient lassante. L’idée de départ est bonne, mais comme souvent pour un dispositif de mise en scène un peu trop théorique elle fait long feu. Ce qui séduit lors des premières secondes ne fonctionne plus au bout de quelques minutes. Les raisons de ce retournement tient dans l’incapacité du réalisateur-scénariste à enrichir son idée de départ. Le récit tourne en rond, la sécheresse des séquences muettes n’arrive plus à susciter que l’ennui. Et l’épilogue finit d’achever les derniers traces d’intérêt qui pouvaient subsister. Il faut dire que les dernières séquences - en particulier celles du suicide collectif - virent au mélo des plus dégoulinants. On n’est plus très loin du mauvais téléfilm.

Finalement, avec Vie matérielle, se pose une nouvelle fois la question de l’adaptation des faits divers au cinéma. Censés être des concentrés de société dont le traitement mettrait en lumière les failles de notre système occidental, les faits divers se révèlent souvent particulièrement difficiles à transposer sur grand écran. Leur caractère exemplaire devient vite lourdingue, trop caricatural. Peut-être parce qu’après tout ils ne sont pas si exemplaires que cela. Facile à adapter - on connaît le début, la fin et les principaux rebondissements de l’histoire -, facile à justifier - l’expression “basé sur des faits réels" squatte de plus en plus les génériques -, les scénarios basés sur un fait divers s’avèrent sauf exception moins riches qu’un récit original. Vie matérielle confirme cette impression.






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Titre : Vie matérielle
Réalisation : Franck Helson
Scénario : Franck Helson
Image : Frédéric Serve
Son : Dominique Dallemagne
Montage : Barbara Bascou
Interprétation : Valérie Blanchon, Pierre-Yves Le Louarn, Aziz Durenque, Maya Durenque