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FESTIVAL DE LOCARNO 2003
Prix du public

LE MIRACLE
DE BERNE

de Sönke Wortmann
Par Nicolas JOURNET

SYNOPSIS : Eté 1954. Dans un coron d’Essen. Matthias Lubanski attend avec espoir le retour de son père, prisonnier de guerre en Union soviétique. Mais celui-ci se montre froid et distant. Mathias se réfugie alors un peu plus dans sa passion du football. Embauché pour porter les sacs d’Helmut Rahn, joueur du club local, Matthias devient la mascotte de cet attaquant qui fait aussi partie de l’équipe nationale ouest-allemande. Quand l’équipe d’Allemagne entame la Coupe du monde en Suisse, le jeune supporter ne pense qu’à rejoindre son idole...



UN BALLON DANS LA TETE

Le Miracle de Berne parle d’un temps lointain, d’une époque reculée où le football n’était pas encore le sport qui se joue avec un ballon rond et où les Allemands gagnent toujours à la fin. En ce temps-là, en 1954, l’Allemagne se remettait doucement de la chute du régime nazi. La population tentait de sortir du marasme économique dans lequel tout pays plonge obligatoirement après une défaite militaire. Les gens vivaient de peu, le moral dans les chaussettes, la honte aussi pour certains d’avoir vu se développer la Bête immonde à l’intérieur de leur frontière. Difficile d’oublier, de passer à autre chose quand le pays se retrouve divisé en plusieurs parties, quand un membre de votre famille croupit encore dans les goulags russes.

Le réalisateur Sönke Wortmann nous plonge dans cette noire réalité, au cœur d’une famille dont le père soldat doit rentrer sous peu de son séjour forcé en Union soviétique. Le quotidien n’est pas rose. La mère a dû acheter un bar pour vivre, la fille fait office de serveuse, le fils aîné y travaille aussi mais cachetonne surtout dans les rangs de la fanfare locale. Le cadet, Matthias, compense le vide laissé par un père qui est le seul de la famille à ne l’avoir jamais connu en servant de sherpa à la star du club de foot local. Selon ce joueur, la présence de Matthias dans le stade lui porte chance et le fait gagner. Ce qui remplit de fierté le jeune garçon en quête d’une reconnaissance qu’il ne trouve pas dans sa famille.

L’arrivée du père absent est le tournant dramatique du scénario. La base du scénario repose en effet sur la dichotomie existant entre sa conception de la société - rigoriste, paternaliste et travailleuse - et l’évolution des comportements que n’a pas manqué de susciter une période d’après-guerre difficile. D’où une série de scènes assez caricaturales reprenant la figure du personnage perdu dans un monde qu’il ne connaît pas, thématique usée jusqu’à la corde aussi bien dans la comédie - de Hibernatus à Les Visiteurs -, que dans la fantastique - de Retour vers le Futur à La Planète des singes. Par exemple, Sönke Wortmann propose une séquence de retrouvailles sur un quai de gare d’une médiocrité affligeante. Le faux suspense de la recherche du parent introuvable dans la foule fait penser dans son découpage à un épisode de Docteur Quinn, femme médecin, et pour couronner le tout le père prend sa fille pour sa femme ! Ah oui, mais vous comprenez, il est troublé le pauvre homme ! Mais bien sûr, c’est tout à fait crédible !