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LA DISCOTHEQUE
DES FILMS #2

Satisfaction des Rolling Stones dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979)
Par Frédéric FOUBERT

« J’aperçois une petite ville américaine, minable, criarde, une sorte de juke-box avec ses lumières au néon, ses bars et ses joueurs de poker. Tout à fait l’intérieur d’un juke-box. Le film se colore, acquiert une saveur particulière. Tout votre travail se trouve influencé par cette vision. » Vincente MINNELLI, à propos de Comme un torrent, « Cahiers du cinéma », n°128, février 1962.

Une chanson, un film, une histoire... Quand les cinéastes piochent les bons morceaux dans leur discothèque personnelle, on ne les entend plus de la même façon... Petite promenade à l’intérieur du juke-box, là où le rock transforme l’image, et inversement...



Certes, dans Apocalypse Now, il y a les Doors et les Walkyries, mais, en pleine remontée du fleuve, le Satisfaction des Stones, pourtant mille fois entendu, fait quand même son petit effet. Aux portes de l’enfer, les gars du capitaine Willard réclament le droit de s’éclater et de danser : ils allument la radio et... la transe commence. Le film est tout entier envahi de cette idée de danse macabre, que cette séquence stonienne résume à la perfection. Le riff de Keith Richards déclenche l’hystérie. Lawrence Fishburne, la peau noire et luisante sur les os, s’agite comme un beau diable. Le poupon Sam Bottoms sourit enfin. Ces corps qui claquent des doigts ont leur importance historique : Coppola tourne en 1977, mais l’action se passe à la fin des sixties, Satisfaction (1965) est le tube ultime de la décennie et on entend que ça en tournant le bouton du poste. Et ceux qui s’agitent ici ne ressemblent pas aux spectateurs qui remplissent les stades en famille pour applaudir les Stones de 77 : ce sont les paumés, les Noirs, les gosses aux yeux écarquillés par l’horreur, bref, les damnés de la terre.

Satisfaction retrouve ici un peu de son sens contestataire originel : critique en trois temps de la société de consommation, écrit par un Mick Jagger impressionné par le « poète » Dylan, pas un manifeste politique non plus, mais un texte soudain conscient qu’il peut accompagner intelligemment le chaos. La section rythmique se charge du chaos. Coppola sait que tout est question de rythme. Les accords de la chanson arrivent au moment où la moiteur torride commence à submerger le spectateur : qu’il en profite s’il peut une dernière fois battre la mesure, avant que ses gouttes de transpiration ne se glacent d’effroi. Dans la version longue sortie en 2001, le réalisateur, un peu pervers, a décalé l’apparition de la scène d’une trentaine de minutes, afin de lui donner le bon tempo. Désormais, tous les sortilèges sont possibles, that’s what I say...