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LA DISCOTHEQUE
DES FILMS #1

TB Sheets de Van Morrison dans A Tombeau Ouvert de Martin Scorsese (1999)
Par Frédéric FOUBERT

« J’aperçois une petite ville américaine, minable, criarde, une sorte de juke-box avec ses lumières au néon, ses bars et ses joueurs de poker. Tout à fait l’intérieur d’un juke-box. Le film se colore, acquiert une saveur particulière. Tout votre travail se trouve influencé par cette vision. » Vincente MINNELLI, à propos de Comme un torrent, « Cahiers du cinéma », n°128, février 1962.

Une chanson, un film, une histoire... Quand les cinéastes piochent les bons morceaux dans leur discothèque personnelle, on ne les entend plus de la même façon... Petite promenade à l’intérieur du juke-box, là où le rock transforme l’image, et inversement...



Le film commence à peine qu’il ronronne déjà. Van Morrison a lancé son blues hypnotique, TB Sheets, et les cartons du générique (A Martin Scorsese Picture) défilent. Pas de doute, on est ici chez nous. Et soudain, l’inattendu (mais c’est ce qu’on était venu chercher) : le premier plan du film est aussi le plus beau. Au moment où le son de l’harmonica, strident, explose, l’ambulance folle de Nicolas Cage entre dans le champ. Gros plan sur la sirène qui, divine surprise, se met à littéralement mimer la musique. La lumière rouge se déplace de gauche à droite, comme la bouche du chanteur sur l’instrument. L’harmonica est agité latéralement, et le montage épileptique se charge de reproduire ces secousses. L’instant d’après, le hurlement de la sirène va être mixé de manière à répondre aux phrases du musicien. La rumeur de la ville semble maintenant faire partie intégrante du morceau : collage sonore, crissements des freins sur le bitume, parasites des haut-parleurs... Scorsese réussit ici ce qu’il cherche depuis toujours : comme on se tort et se démène sur un rythme rock dans une chambre d’adolescent, imitant les convulsions du chanteur, la pellicule maintenant devient musique, se laisse pénétrer des pulsations et de la puissance sonore. Déjà, dans Casino, la bande-son d’une scène de fusillade épousait les syncopes du Satisfaction déconstruit par Devo, en intercalant les rafales des mitraillettes entre la basse et la batterie. Ici, c’est l’apothéose, le moment de grâce où, ensemble, la musique et l’image nous disent qu’on est les bienvenus.