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JONATHAN CAOUETTE
Réalisateur
Propos recueillis à Paris
en octobre 2004
Par Cécile GIRAUD

Suite au Festival de Cannes, Tarnation, film événement sélectionné par La Quinzaine des réalisateurs, a trouvé un distributeur, et a commencé dès le mois de septembre 2004, à faire sérieusement parler de lui dans la presse et dans la rue. Quelques papiers en septembre, beaucoup plus en octobre, on ne pouvait pas échapper au visage de son réalisateur, Jonathan Caouette, qui s’affiche en grand à la FNAC et même à l’UGC Ciné Cité Les Halles.

Jonathan Caouette était à Paris fin octobre 2004 pour deux journées marathon, pendant lesquelles il a rencontré télés, hebdomadaires, quotidiens et presse Internet. 20 minutes nous étaient imparties avec trois collaborateurs de sites web amis, pour nous parler de la genèse, de la création du film, et de la suite... Retour sur la rencontre suite à l’edition de son film en DVD aux editions UT2M.



Objectif Cinéma : Tarnation est présenté comme un documentaire, mais votre histoire est racontée à la troisième personne. Pourquoi ?

Jonathan Caouette : Je ne voulais pas qu’une voix off soit perçue comme un exercice de narcissisme, c’est pourquoi je n’utilise ni ma propre voix, ni la première personne. La fin de la première version était différente, c’était une sorte de fiction, et donc j’utilisais le texte à la troisième personne pour désigner des personnages. La seconde partie du film n’utilise plus le texte. A l’origine, mon grand-père prenait la caméra et me tuait. La caméra tombait à terre, je mourrai et mon cerveau mourrait, et l’on se retrouvait dans le futur, dans un endroit imaginaire, blanc, peut-être le paradis. J’étais avec mon petit ami, David, avec des ailes d’ange, et il me faisait ce signe (il met le doigt sur sa bouche), et une voix off, celle de ma mère, disait que c’était un monde merveilleux, et elle apparaissait comme un fantôme.

Trois jours avant le Festival de Sundance j’ai décidé de conserver cette idée, j’ai gardé quelques parties de cette scène dans la version finale, on peut en voir de petits fragments. Ça dit que David m’a sauvé en quelques sortes, et c’est ce qui m’a permis de sauver ma mère.

Objectif Cinéma : On a vu plusieurs versions de votre film Tarnation. À Cannes, le générique présentait les personnes qui ont participé au film comme des acteurs qui portaient le même nom que leurs personnages. En projection de presse, le générique avait changé, et mentionnait simplement « Avec la participation de... ». Cela tient-il à une certaine idée de la fiction et du documentaire ?

Jonathan Caouette : Il y a eu deux versions du film. La première version du film dure environ 2h30, c’est une espèce de film hybride, un documentaire fictionnel. Ce que vous voyez dans le film est à 99,9% vrai, mais je voulais garder tout ça dans un entre-deux, ça peut être ou ça peut ne pas être vrai, et la fin du film entrait dans cette logique.

J’avais écrit un scénario il y a deux ans, pour lequel j’avais choisi deux titres : « Tarnation » et « The Day I Disappeared ». On me voyait moi, mon petit ami et ma mère vivre ensemble dans mon appartement à New York, où nous jouions nos propres vies, mais le film était purement fictionnel, nous étions nos personnages, et le scénario jouait beaucoup sur les flash back et les flash forward. C’était un scénario complètement fictif, un peu lynchéen, dans l’esprit de Twilight Zone, qui abordait déjà la maladie de ma mère, mais en en faisant quelque chose de surnaturel. C’est l’origine de Tarnation.