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GILLES MOUELLIC
Professeur de Jazz et de cinéma
Entretien réalisé à Paris,
le 17 Avril 2000,
Par Nadia MEFLAH

Il faut être soi-même musicien de jazz pour savoir aussi sensiblement transmettre le sentiment jazz, ce que Gilles Mouëllic, saxophoniste amateur de longue date, démontre avec force dans son dernier ouvrage Jazz et Cinéma publié dans la collection Essais des Cahiers du Cinéma. Professeur de jazz (oui cela existe !) et de cinéma à l’Université de Rennes-II, l’auteur a déjà publié aux éditions Presse universitaires de Rennes Le Jazz. Une esthétique du XXème siècle. Lors de l’entretien, je lui demandais s’il avait cœur de communiquer sa passion à son jeune enfant, si elle avait la chance d’avoir un papa joueant pour elle. Car il faut dire que l’auteur dégage une sincérité et une force de vie lorsqu’il vous raconte dans les moindres détails ce que le jazz donne au cinéma, et par là même à l’humain.



ACCORDS PARFAITS

Objectif Cinéma : Tout comme Gilles Deleuze a inscrit dans le champ de la réflexion cinématographique l’image-mouvement et l’image-temps, auquel vous faites référence, vous même proposez une lecture stimulante de cet état du cinéma moderne dans lequel le jazz a joué un rôle important. A la page 32, vous citez deux films Jazz à Newport et Shadows qui « justifient à eux seuls l’hypothèse selon laquelle le jazz est une inspiration esthétique majeure pour les cinéastes qui, à la fin des années cinquante, veulent faire du cinéma autrement  ».

Gilles Mouëllic : Mon intérêt premier vient d’une intuition confirmée à l’image. La musique jazz dans son principe élémentaire va bien au delà de la bande son. Il s’agit d’une inspiration esthétique, une manière commune de faire au jazz et au cinéma. Les cinéastes de l’après-guerre vont consciemment ou non puiser dans le jazz.

Par exemple un cinéaste comme Jean-Luc Godard pas spécifiquement attiré par le jazz va néanmoins réaliser A Bout de Souffle sur une partition de Martial Solal, pianiste de jazz, compositeur et chef d’orchestre, le même qui un an plus tôt en 1958 composa la musique pour Deux hommes dans Manhattan de Jean-Pierre Melville. Le film de Godard se place dans cette continuité, tout en innovant radicalement dans l’écriture du rythme, du découpage et de la bande sonore, et ce, grâce au jazz, indubitablement.