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Depuis quinze ans, les critiques semblent s’étonner de ses audaces, et entonnent régulièrement le couplet « Deneuve casse son image ». Comme elle le dit avec l’humour qui la caractérise : « je suis une femme puzzle, depuis le temps qu’on me dit que je suis cassée ! ». En fait, elle ne casse pas son image, mais elle la fait bouger : c’est une actrice en perpétuel mouvement.

On ne le répètera jamais assez : Catherine Deneuve est mue par le désir (le mot qu’elle préfère, dit-elle, surtout dans sa version italienne, « desiderio », si musicale), l’envie de surprendre et surtout de se surprendre. Elle déteste le conventionnel, l’attendu, la ligne droite. Son chemin est en zigzag. Très tôt, elle est passée de l’univers en-chanté de Jacques Demy à la noirceur de Roman Polanski, de la légèreté de Jean-Paul Rappeneau au soufre de Buñuel. Si dans sa jeunesse elle a interprété parfois de jolies femmes un peu fades, la maturité lui a amené plus régulièrement des rôles de femmes responsables, comme dans Le dernier métro et Indochine, écrits pour elle par François Truffaut et Régis Wargnier, ou douloureuses, sous la houlette d’André Téchiné, qui a su la convaincre qu’en étant plus humaine elle ne serait pas moins grande. L’actrice désincarnée chez Jacques Demy, froide et énigmatique chez Luis Buñuel, devient chez André Téchiné plus vulnérable, plus complexe et plus accessible. C’est ce qui lui permet de continuer à être au sommet de la profession, à plus de 60 ans.

Les parapluies de Cherbourg (la révélation du plaisir de jouer), Répulsion (un pari osé pour une « jeune première »), Belle de jour (le fantasme collectif qui lui colle à la peau), Tristana (un de ses personnages préférés), Peau d’âne (le film culte des enfants de toutes générations), Le sauvage (une de ses rares incursions dans la comédie), Le dernier métro (le rôle de la maturité), Indochine (un écrin pour les nombreuses facettes de son talent), Ma saison préférée (une de ses compositions les plus touchantes), Place Vendôme (la mise à nu totale), Huit femmes (de l’humanité dans un rôle de garce), Princesse Marie (son premier rôle « d’homme », selon Téchiné). Ensuite, chacun est libre de rajouter ses coups de cœur personnels : La vie de château, Les demoiselles de Rochefort, La chamade, La sirène du Mississippi, Les prédateurs, Le bon plaisir, Le lieu du crime, Drôle d’endroit pour une rencontre, Belle-maman, Au plus près du paradis, Les temps qui changent... La liste est longue !

Catherine Deneuve aime prendre des risques, tenter de nouvelles expériences et rencontrer des réalisateurs audacieux. D’ailleurs, ce qu’elle recherche, ce ne sont pas tant des réalisateurs que des cinéastes, qui ont un véritable univers. Elle est prête à accepter de petits rôles avec Jean-Pierre Melville (Un flic), Raoul Ruiz (Le temps retrouvé), Manoel de Oliveira (Un film parlé), Leos Carax (Pola X), Lars Von Trier (Dancer in the dark), Olivier Dahan (Le petit Poucet) ou Arnaud Desplechin (Rois et reine) pour le frisson de l’aventure. C’est d’ailleurs sans doute la plus cinéphile de nos actrices : nourrie très jeune de cinéma d’auteur, elle se rend régulièrement dans les salles obscures et abuse des chaînes de cinéma sur le câble.