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ILAN DURAN COHEN
Ecrivain, Cinéaste
Propos recueillis à Paris
en novembre 2004
Par Cyril LEGANN

La sortie des Petits Fils, le nouveau film d’Ilan Duran Cohen est l’occasion de nous pencher sur l’univers d’un cinéaste-écrivain talentueux qui excelle, et c’est très rare en France, dans les deux disciplines.



Ce qui caractérise Ilan Duran Cohen, c’est indéniablement son style décalé : un ton unique, doux-amer, dans la façon d’aborder la vie qu’ont ses personnages. Il y a chez eux un besoin de recréer un cocon familial quand celui-ci n’existe plus. Un équilibre qui ne peut se trouver qu’à plusieurs, dans une « communauté » où coexistent des individus pourtant très singuliers. De l’avocat débonnaire de La Confusion des genres à l’esthéticienne au grand cœur du Fils de la Sardine, il y a ce même regard paumé, une impression de se trouver là par hasard, dans des situations improbables qui arrivent à s’ordonner bon an mal an. Comme s’il y avait une nécessité de fuir la vie faussement idéale que l’on nous vend à la télévision. En cela, Ilan Duran Cohen est réellement novateur.

Lorsqu’il est question d’homosexualité, par exemple, le discours n’est jamais prosélyte. Ses personnages sont discrets, en dehors des clichés, comme Cyrille Thouvenin dans La Confusion des genres ou Benjamin des Petits Fils. Il n’y a pas de cause à défendre, pas de bons et de méchants, on sort enfin d’un débat binaire qui consisterait à faire « accepter » tel ou tel comportement, les « homos » par les « hétéros » en l’occurrence. La vraie liberté est celle que l’individu prend lorsqu’il élit les « siens », avec lesquels il peut vivre en toute sérénité, quitte à se couper (un peu) du monde extérieur.

Son nouveau film nous plonge dans le quotidien de Régine et de « ses » petits-enfants qu’ils soient de sang ou de cœur. Là encore, c’est une petite communauté incongrue qui se créée autour de la vieille dame, personnage inoubliable qui n’est pas sans rappeler Madame Renée dans Chacun cherche son chat de Cédric Klapisch, cinéaste avec lequel il partage la même tendresse pour des personnages à la fois simples et hauts en couleur. Les liens se font et se défont avec légèreté, ce qui n’empêche pas le film, souvent drôle, d’aborder aussi la douloureuse question du deuil (de la mère), vécu par le jeune homme. La caméra d’Ilan Duran Cohen semble totalement fondue au décor de l’appartement, saisissant le naturel incroyable des acteurs. Elle nous fait partager des moments de vie inattendus, prouvant que l’émotion n’a pas besoin de filtre sépia et de décors pharaoniques pour être la plus vive.