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DVD

OUTFOXED

La guerre de Rupert Murdoch contre le journalisme
de Robert Greenwald
Par Damien STROKA

SYNOPSIS : Outfoxed analyse de manière détaillée et documentée comment l’empire médiatique du magnat australo-américain Rupert Murdoch, mené par la chaîne d’information continue, Fox News et à travers ses programmes et ses journaux télévisés, met en place un système visant à manipuler l’opinion des trois quarts de la planète.



POINT DE VUE

Il en est des médias américains comme de la mafia : les plus gros profits se font entre amis. C’est en tout cas ce qui est suggéré dès l’entame d’Outfoxed : évoquant le Parrain 2, Bob McChesney (1) souligne la puissance de « lobbies » qui « se disputent la plus grosse part du gâteau à l’insu de la population, qui n’a pas voix au chapitre ». Le ton est donné, le reste est à l’avenant : dans Outfoxed, Robert Greenwald met la chaîne d’infos Fox News Channel (FNC) sur le grill et la cuisine aux petits oignons... Et tout y passe : l’admiration de Rupert Murdoch, le fondateur ultra-libéral et ultra-conservateur de FNC, pour Reagan ; la collusion avec les Républicains ; les points de vue ultraconservateurs balancés comme des évidences factuelles ; les techniques de désinformation ; les présentateurs à la mauvaise foi pas possible... Bref, un beau costard taillé sur mesure pour la Bush-TV : les journalistes de la chaîne sont habillés pour l’hiver.

Dans le sillage de Fahrenheit 911 (Michael Moore), Uncovered (du même Greenwald, voir par ailleurs) ou encore Le monde selon Bush (William Karel), Outfoxed tente d’atténuer la voix d’une certaine Amérique et de déconstruire un discours largement dominant depuis un certain 11 septembre. Plébiscité au Etats-Unis, le succès lui semble également promis en France, où il débarque avec l’aura prestigieuse de la dissidence. Après tout, fibre américanophobe oblige, il nous parle d’une Amérique telle qu’on aime bien la voir : outrancière, vulgaire, agressive, bête.

A ce jeu du « plus-patriote-que-moi-tu-meurs », c’est Bill O’Reilly, vedette de la chaîne, qui l’emporte. L’inénarrable présentateur du « O’Reilly Factor » semble cristalliser à lui tout seul tous les défauts de la chaîne : sa partialité, sa « grande gueule » (qui, à grands coups de « shut up ! », fait fermer celle des autres), sa haine des démocrates et son amour des Etats-Unis version « W. » sont déjà légendaires. Bref, un vrai psychopathe télégénique... Thuriféraire patenté de Bush, le grand Bill n’en finit pas de tresser des lauriers à la Maison Blanche et de houspiller les opposants à la politique de l’après-11 septembre. Jeremy Glick, invité du « O’Reilly Factor », peut en témoigner : ce jeune Américain, orphelin de père à la suite des attentats contre le World Trade Center, y a passé un sale quart d’heure. Motif : le jeune homme a signé la pétition anti-guerre « Not in our name » (pas en notre nom). Et face aux antipatriotes, tous les moyens sont bons pour les déstabiliser, même les plus abjects : Jeremy développe des arguments d’extrême-gauche que son père n’approuverait sans doute pas et O’Reilly, par respect pour la mémoire du défunt, refuse d’aller plus loin. Il va même, jusqu’à souhaiter que la mère de Jeremy ne regarde pas l’émission... Et dès qu’il est question de Bush, O’Reilly braille tant qu’il peut. Mais cette attitude de vierge effarouchée n’a qu’un but : instiller, à force de colères, l’idée chez le spectateur que, après le 11 septembre, il est impossible, choquant et presque obscène de s’opposer à la politique étrangère menée par l’administration Bush.