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ETATS GENERAUX
DU DOCUMENTAIRE

compte-rendu de Lussas 2004
Par Damien STROKA

RWANDA : TROIS MODALITES DE L’APRES

1994, année du génocide rwandais. Dix ans plus tard, Lussas, qui n’a jamais cessé de réfléchir sur cette tragédie, nous a de nouveau offert trois beaux documentaires dédiés au Rwanda. Avec, comme il se doit, une vraie cohérence de programmation - trois films, trois aspects essentiels de l’après : culture, parole et justice. Ce pourrait presque être le thème d’un colloque. C’est aussi, et surtout, trois moments de la reconstruction du pays.



Trois œuvres, donc, qui, si elles annoncent un processus à la positivité certaine, évitent l’écueil, intolérable et presque obscène, de l’émerveillement total, par trop oublieux de la tragédie. La vie et l’espoir sont certes toujours là. Mais après « ça », comment se reconstruire, individuellement et collectivement ? Voici, on l’espère, quelques éléments de réponse.

CULTURE : « l’homme qui approche du but [...] danse »

Après (Un voyage dans le Rwanda), de Denis Gheerbrant s’ouvre sur une double interrogation : « qu’est-ce que revenir à la vie ? » et « comment cela est-il arrivé ? » Deux questions qui vont structurer le film et lui donner son mouvement : Gheerbrant, qui prend soin de préciser qu’il ne connaît de l’Afrique noire que « les images d’horreurs » et « les paysages dévastés », construit son documentaire sur sa méconnaissance, procède selon elle pour tenter de comprendre. Récit d’apprentissage d’un homme qui brûle de savoir, voyage initiatique, documentaire sur un Rwanda toujours balbutiant, dix ans après l’abomination : Après est tout cela, et bien plus encore, il est un film superbe, excédant le strict cadre du documentaire et plongeant ses racines dans une sensibilité rare.

Fidèle, donc, à la logique de son questionnement, Gheerbrant lui assujettit sa narration : les origines, d’ordinaire premières, arriveront plus tard. Pour l’heure, il est question de récits - ceux des rescapés lors de commémorations - et de rencontres - celle de Deo, notamment, l’ami qui a créé un orphelinat, à Kigali, pour retrouver goût à la vie. Il constituera l’interlocuteur de choix de Gheerbrant, celui qui l’introduira à une certaine intelligibilité du Rwanda et du génocide.