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MUSIQUE

VIVA LADJERIE

de Cheb Bilal, Cheba Djanet, Biyouna et Pierre Bastaroli
Par Clément GRAMINIES


UNE MUSIQUE ENTRE TRADITION ET MODERNITE

Même si le film de Nadir Moknèche, Viva Ladjérie, révèle certaines maladresses de mise en scène, le corps de son sujet n’en reste pas moins audacieux et salutaire : définir, sans pathos ni stigmatisation de l’islamisme, le quotidien de quelques femmes émancipées d’Alger. La musique, qui tient une place aussi prépondérante dans le long métrage que dans la culture arabe, est proposée sur une bande originale, sorte de compilation rassemblant des artistes aussi éclectiques que talentueux, de Bilal à Cheba Djanet. Mais loin d’illustrer platement les images de l’oeuvre, l’association de ces titres sur un seul disque résume habilement ce qui fait l’essence de l’identité algérienne, partagée entre sensualité et tentation du désespoir.

La première et la sixième chanson de l’album, Matadjabdouliche et Liyah liyah de Cheba Djanet, en sont probablement la meilleure synthèse. Entre chant traditionnel d’une beauté mélodique bouleversante et musique électro-orientale le titre Matadjabdouliche se nourrit,de mélancolie, la quête d’un passé n’ayant jamais réellement existé, et d’espoir, celui d’un progrès, d’une modernisation des mœurs. Ce premier titre simple, entêtant et pourtant si complexe, trouve sa troublante singularité dans le métissage qu’il revendique comme source de liberté et d’émancipation.

Les titres suivants Mouaoud lik et Kayen Rabbi, interprétés ou co-interprétés par l’actrice et chanteuse Biyouna, offre par ailleurs un beau contrepoint en ressuscitant une certaine idée du cabaret algérois qui concilie musique traditionnelle et sens du spectacle, le repli sur soi s’effaçant au profit d’une communion avec l’autre. La voix rauque de Biyouna, ponctuée de déchirements éraillés, traduit parfaitement cette quête rageuse de liberté qui porte chaque personnage du film. Il suffit d’ailleurs de voir la femme monter sur scène pour interpréter ses titres pour comprendre qu’il s’agit là d’un geste ultime dont l’enjeu dépasse la simple prestation pour devenir un combat du quotidien.