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MAURICE PIALAT
Cinéaste de l’absence
Par Rémi FONTANEL
Enseignant à l’Université
Lumière Lyon II

A l’occasion de la sortie, chez Aléas Editions, du livre Formes de l’insaisissable - le cinéma de Maurice Pialat, retour par son auteur sur l’oeuvre du réalisateur dont chaque récit filmique trouve ses marques et sa substance dans de multiples figures de l’absence.



Cinéma qui crie sa vacuité, cinéma du « lointain », cinéma traversé par des présences physiques sans identité marquée, sans psychologie ni singularité proprement dites : l’esthétique d’un tel cinéma conduira sans cesse, celui qui veut l’aborder, sur les chemins tortueux de l’ellipse, du manque et du raccourci narratifs.

Maurice Pialat fut avant tout un extraordinaire « peintre du vide » (1) : le plus grand sûrement. Parvenir à filmer (avec) le « vide », c’est indéniablement se rapprocher de la peinture qui permet à l’artiste de créer sans être forcément face à la scène qui sera composée sur sa toile. Etre « ailleurs » pour représenter l’« ici » et le « maintenant », c’est donner du sens à un événement en en montrant un autre : telle est la position d’un cinéaste attaché à une forme de réalisme sans artifice, qui privilégiera toujours le vol de l’existence dans la capture imaginaire du réel, dénué de toute suture qu’elle quelle soit.

« L’imaginaire est beaucoup plus près et beaucoup plus loin de l’actuel : plus près puisqu’il est le diagramme de sa vie dans mon corps, sa pulpe ou son envers charnel pour la première fois exposés aux regards, et qu’en ce sens-là, comme le dit énergiquement Giacometti : “Ce qui m’intéresse dans toutes les peintures, c’est la ressemblance, c’est-à-dire ce qui pour moi est la ressemblance : ce qui me fait découvrir un peu le monde extérieur.” Beaucoup plus loin, puisque le tableau n’est un analogue que selon le corps, qu’il n’offre pas à l’esprit une occasion de repenser les rapports constitutifs des choses, mais au regard pour qu’il les épouse, les traces de la vision du dedans, à la vision ce qui la tapisse intérieurement, la texture imaginaire du réel. » (2)

Aussi paradoxalement, le « vide » chez Pialat est au fondement de son art et prend de multiples formes au sein de son oeuvre.