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I ) Débat sur la terminologie pour décloisonner l’objet « adaptation »

Il y a une nuance à faire entre le terme « adapter » et « transformer », le dernier faisant l’objet du titre de la thèse. Dans adapter, il existe une idée de se conformer, de mettre en accord un mode d’expression (littérature) et un autre celui du cinéma. Cela caractérise donc une certaine relation d’obligation qui n’est peut-être pas concevable entre littérature et cinéma : il n’y a pas de contrat. La vocation du grand écran n’est pas de concurrencer le roman sur son domaine, celui de la narration, mais bien d’inventer des formes plastiques et « monstratives ». Celles-ci offrent une nouvelle pertinence au texte littéraire sans forcément s’en éloigner.

Dans le terme « transformer » donc « transformation », apparaît une idée de métamorphose : d’un passage à un autre impliquant de manière implicite la transfiguration. Il s’agit de changer l’aspect et la nature du livre pour donner un caractère éclatant au film, du moins en tant qu’unité autonome. Adapter reste en quelque sorte réducteur, transfigurer demeure un peu trop optimiste.

En effet, il existe des contraintes intertextuelles et contextuelles qui font du livre et du film un rapprochement hasardeux et pourtant nécessaire. Si nous reprenons le terme « adaptation », il faut une transformation, un dépassement de l’œuvre, peut-être pas une transfiguration mais plutôt une résurrection. « Transformation » implique peut-être toutes ces nuances, même si le terme adaptation représente une sorte de mot clef générique.

L’œuvre littéraire n’est pas quelque chose de figé ; elle n’appartient pas uniquement à l’auteur ni à un certain type de lecteur. Elle rejoint le domaine de la propriété publique et peut être confrontée à d’autres œuvres d’art en étant soumise à un phénomène de décloisonnement. Mais lorsqu’on regarde la majorité des œuvres de Balzac adaptées pour le cinéma ou la télévision, elles restent très ancrées dans le texte tant sur le plan des dialogues que sur le plan visuel. Les réalisateurs traduisent tout simplement par la technique cinématographique le lexique iconique du roman.

Dans L’Interdiction de Pierre Moustiers, le téléfilm évoque avec précision non seulement le conflit qui oppose le juge Popinot et la marquise D’Espard, mais aussi les termes juridiques et les rouages de la justice qu’une adaptation moderne n’aurait pas supporter pour comprendre la société de la Restauration. La fidélité reste parfois nécessaire mais elle n’est pas systématique et obligatoire.