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TCHI TCHA #3
L’Apocalypse joyeuse
de Olivier Py
Par Philippe BEER-GABEL

Olivier Py, avec son nouveau spectacle L’apocalypse joyeuse d’une durée de près de huit heures trente, met le corps en exergue et pose malgré lui, par l’intermédiaire d’une mise en scène riche et osée, la question de la mise en scène du corps et donc du sexe. Ici sans fard, dans sa liquide sénescence : le sexe donne à voir, se représente avec force, se redécouvrant un langage propre.



Le sexe autrefois tabou au cinéma est devenu un sujet en vogue, en atteste les Baise moi, Romance, Fantasmes ou encore La mécanique des femmes. En somme le cinéma triture notre rapport à notre corps et au sexe, et tente de faire la lumière sur ces organes qui tour à tour adorés, détestés nous frustrent, nous mettent en branle, nous exaspèrent. Avec L’apocalypse joyeuse, les corps s’engagent, existent par eux même, tel Olivier se masturbant sur scène : on entre dans un rapport vrai et sincère, loin de l’exhortation d’une quelconque métaphysique des corps dans La mécanique des femmes de Jérôme Missolz, loin aussi des corps en train de se tortiller de Baise moi, qui ne faisait qu’exposer un chapitre de plus de "la sexualité des animaux".

L’apocalypse joyeuse témoigne de la force du théâtre sur le cinéma quand il s’agit d’entrer dans l’intimité du corps : sa mise en espace, son volume, son ampleur sont d’un autre ordre que ce que le cinéma offre actuellement... Ces corps si pleins d’une douleur palpable sur la scène, qui témoignent, sans en démordre, des divers maux de l’âme sont beaux, purs, ne trichent pas. Ces nudités déchirantes, titubantes, obscènes, tel Circée sur un fond rouge sang, exhibant ses seins lourds et blanc, son poids conséquent et par dessus tout un sexe dégoulinant de sens, réellement identitaire, répugnant tant il s’avère éloquent, traduisent l’horreur d’un monde fondé sur le péché. Tous se mettront nus au cours de la pièce, le sexe sera érigé, caché, puis décrit dans sa plus grande puanteur, lascif, gluant, ridicule, exacerbé...Ce qui s’avère impossible à montrer, à dévoiler, à exprimer au cinéma se trouve ainsi révélé au théâtre. On est loin de la mascarade d’un cinéma se réclamant affriolant, aguicheur, quand il ne s’agit pas d’une soit disant "réflexion intellectuelle" sur le sujet.