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LUCKY LUKE
AU CINEMA

Les adaptations de Lucky Luke et Les Dalton
Par Philippe LOMBARD

Avec Les Dalton de Philippe Haïm, le personnage de Lucky Luke vient de connaître sa sixième adaptation au cinéma (dont trois dessins animés). Créées par Morris, puis scénarisées par Goscinny, les aventures du cow-boy solitaire ont intéressé les cinéastes et les animateurs, qui se sont cependant heurtés à quelques difficultés.



LUCKY LUKE OR NOT LUCKY LUKE ?

En 1983, Morris déclarait : « Faire un film avec un acteur interprétant Lucky Luke me paraît bien difficile. Comment faire passer un personnage dessiné plus ou moins caricatural sous les traits d’un acteur ? » Il faut dire que le dessinateur belge avait, dès sa création, prédestiné son héros au cinéma d’animation, faisant en sorte que les traits et la silhouette du cow-boy solitaire ne puissent pas être trahis par le passage au grand écran. Car l’idée de voir Lucky Luke en live n’est pas, en 1946 (année de son apparition dans Arizona 1880), tout à fait à l’ordre du jour, tant dans l’esprit du dessinateur que des gens de cinéma. Une adaptation faillit pourtant voir le jour à la fin des années soixante avec un Lucky Luke de chair et d’os et un Joe Dalton incarné par un nain ( !).« C’était épouvantable ! » se souvient Morris.

Le réalisateur Jean Girault (Le Gendarme de Saint-Tropez) semble partager le point de vue de l’artiste sur la soi-disant impossibilité de représenter Lucky Luke à l’écran, puisqu’il écarte purement et simplement ce dernier de l’adaptation du Juge, réalisée en 1971. L’idée semble aberrante sinon audacieuse. Le choix de cet album est cependant réfléchi, car le cow-boy n’a qu’un rôle secondaire, ce qui permet au film de ne pas trop souffrir de son absence. L’histoire est centrée sur le célèbre juge Roy Bean (incarné par Pierre Perret), qui affronte Black Bird (Robert Hossein).

En 1991, l’acteur-réalisateur italien Terence Hill interprète Lucky Luke dans un film et une série télé de huit épisodes. Il contourne le problème de la représentation fidèle du personnage soulevé par Morris en arborant un look totalement différent. Long manteau, chapeau à bords plats, ce Lucky Luke-là ressemble au Terence Hill de Mon nom est personne. Mais les caractéristiques du héros sont conservées, ce qui est bien l’essentiel.

Avec Les Dalton de Philippe Haïm, la solution retenue est nouvelle mais totalement boiteuse. Lucky Luke n’est ni absent, ni au centre du film, il est relégué au rang de personnage secondaire, laissant, comme le titre l’indique, la part belle aux quatre frères hors-la-loi. C’est cependant la seule fois où le tireur le plus rapide de l’Ouest est représenté tel qu’il est dans les albums (jean bleu, chemise jaune, gilet noir, foulard rouge, chapeau blanc), jusqu’à la mèche et à la cigarette (pourtant remplacée par un brin d’herbe depuis longtemps déjà). L’Allemand Til Schweiger campe un Lucky Luke convaincant, plein de charme et d’assurance tranquille. Le problème est qu’il n’apparaît que dans quatre ou cinq scènes, le temps de se battre contre les Dalton puis de les arrêter, ou de jouer aux échecs avec Jolly Jumper. Le déséquilibre qui en découle s’en ressent sur tout le film, qui s’empêtre dans sa fausse bonne idée.