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KENJI MIZOGUCHI
Réalisateur
Par Cyril JOHANNEAU

CONTES DE LA TOURMENTE AVANT LA REVOLTE

Le monde selon Mizoguchi n’est acceptable qu’à la condition d’être transgressé, nié ou transformé.

La parution en coffret des films tardifs (Les Contes de la lune vague, Miss Oyu, Les Musiciens de Gion, La Rue de la honte, La Vie de O-Haru, Les Amants crucifiés, L’Impératrice Yang Kwei Fei, Le Héros sacrilège et L’Intendant Sansho) du réalisateur japonais Kenji Mizoguchi (1898-1956) nous offre l’occasion de mettre en perspective (si besoin en est) la place essentielle du cinéaste dans la cinématographie mondiale. Tournés entre 1951 et 1956, ces films témoignent de la maîtrise totale de son art par le Maître, autant du point de vue esthétique qu’idéologique.

Mizoguchi, à travers toute son œuvre, n’a eu de cesse de développer une esthétique anticonformiste. Ses derniers films, dans leur diversité et leur richesse, critiquent, tout en lui donnant toute sa force, le formalisme traditionnel et son contenu implicite : l’oppression.



LE SENS DE L’HISTOIRE

Un autre Japon et une autre esthétique japonaise se révèlent donc dans ses films, faits de mouvement, d’action, de passion, d’imaginaire et d’histoire. Et on les apprécie pour cela, pour le souffle épique de la mise en scène, la complexité romanesque des plans séquences et la dénonciation de l’oppression comme présent permanent de l’Histoire.

Une étude proprement historique de l’œuvre de Kenji Mizoguchi paraît difficilement envisageable. Il semble en effet que Mizoguchi n’ait participé à l’histoire, c’est-à-dire en définitive à la politique de son pays, que sous le mode du refus. Quant aux années 1950, elles ne témoignent pas davantage d’un intérêt particulier pour l’histoire contemporaine, qu’elle qu’en soit la médiation fictionnelle.

L’expression du réel, chez Mizoguchi, passe par de toutes autres voies. Pour lui, la réalité extérieure, considérée comme une entité existant hors du sujet lui-même, ne peut être perçue (et donc reconstituée) indépendamment de la représentation que chaque individualité en fait. La confrontation du sujet au monde extérieur conduit l’auteur à une analyse sociale et à une analyse de classes extrêmement précises.