Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

TOKYO FILMEX 2004
Compte-rendu
Par Stephen SARRAZIN


AGNES A ENCORE FRAPPE

L’année du cinéma, et ici « on aime le cinéma », tire à sa fin au Japon avec le passage de la cinquième édition de l’excellent festival Tokyo Film Ex, dont les qualités évidentes de programmation le distingue plus que jamais de l’autre « grand » festival, le Tokyo International Film Festival, qui affiche aujourd’hui une gêne et un malaise à la lumière des mauvais chiffres côté entrées et une sélection au-dessous de la moyenne pour un évènement qui dispose d’un budget colossal, mais qui concentre ses énergies sur trois mois de préparation avec une équipe insuffisante, malgré les moyens de la grande entreprise qui contrôle ce festival, Kadokawa, grande maison d’édition qui détient tous les droits des romans de Koji Suzuki (Ring) ainsi qu’un accord lucratif avec Dreamworks.

Bref, Shozo Ichiyama, un ancien du Tokyo International Film Festival, et directeur de la programmation de Film Ex, peut être fier. Fier d’un choix de « bon goût », répondant à une attente cinéphilique d’un public plutôt europhile quant à son regard critique. S’affichant il y a quatre ans comme un « Sundance » d’Asie, le regard tourné vers le surestimé festival de Pusan en Corée, Film Ex étend chaque année ses horizons tout en maintenant une compétition ouverte aux nouveautés indie de toute l’Asie. Comme Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethakul (qui selon les Cahiers aurait pris le surnom loachien de « Joe »), mais aussi Late Bloomer de Go Shibata, jeune cinéaste japonais de 29 ans, dont le film raconte la déception amoureuse d’un homme handicapé, qui voit ses avances refusées par une volontaire de fac.

Et comme toujours dans ce festival, présence importante du jeune cinéma iranien, avec trois films sur dix en compétition, trois co-productions, avec la France, l’Irak, Singapour. Engagement commun de la part de Shozo Ichiyama et d’un des sponsors, Office Kitano. Ajoutons à cela des projections spéciales, dont Promised Land d’Amos Gitai (présent au festival), auquel Ichiyama reste fidèle, Throw Down de Johnny To, hommage judo au Sanshiro Sugata d’Akira Kurosawa, à qui le film est dédié. Deux cinéastes occidentaux avaient droit à de petites rétrospectives, le Hongrois Gabor Body, occasion pour le public japonais de découvrir le réalisateur de Narcisse & Psyche, avec Udo Kier venu présenter le film, et sélection de films de l’extraordinaire Guy Maddin, sur place pour trois longs-métrages. La venue de ces films et de ces réalisateurs au Japon amène une fraîcheur devenue indispensable à la scène cinématographique nippone, car si cette ville demeure l’une des plus réceptives aux cinématographies du monde entier, elle a de moins en moins l’occasion d’accueillir de tels créateurs, le reste de l’année étant accaparé par le passage incessant de stars, généralement anglo/américaines et parfois françaises, selon les envies d’Unifrance chaque année à Yokohama.