Les témoignages des victimes constituent une grande part du film, images d’enfants, d’adultes amputés, souffrant de la faim et des exactions, qui regardent la caméra, les yeux vides, alors qu’un chant africain se fait entendre. On se souviendra longtemps de cette séquence lors de laquelle le président Kabbah, une fois les accords de paix signés en juillet 1999, brandit cette petite fille au bras amputé et dénonce les actes monstrueux des rebelles. Que penser de cet acharnement à trouver un coupable ? Si la communauté internationale a tout fait, et notamment utiliser les médias afin de "diaboliser" le RUF, une part des atrocités commises lui revient à travers l’ECOMOG, armée par ses soins et ce, malgré l’embargo décrété en octobre 1997.
On voit très bien dans la seconde partie du film, le camp de civils amputés construit par les soins du gouvernement, tout près de l’aéroport et des hôtels internationaux. A travers les témoignages des victimes, on comprend comment les journalistes étrangers ont été amenés dans le camp pour "voir" et rapporter les atrocités commises par les soldats du RUF, confortant ainsi la communauté internationale dans ses choix futurs. Mais en creusant les témoignages, on s’aperçoit que la plupart des blessés sont des combattants de l’un ou de l’autre camp, et que le RUF n’est pas, pour la majorité, à l’origine de leur amputation. Là où le film de Philippe Diaz fait mouche, c’est dans sa démarche, "rétablir la vérité, sans s’attacher à ce qui est correct ou ne l’est pas". Mais cette volonté de neutralité à tout prix plombe également le documentaire. Lorsque le réalisateur choisit de filmer un angle plutôt qu’un autre, il y a subjectivité. Lors du montage, l’ordre des images et des plans suit une logique personnelle, un jugement. Il devient alors très difficile de se retrancher derrière une impartialité totale. Les acteurs de cette guerre sont tous impliqués, que ce soit directement ou en fermant les yeux sur la réalité. Cette réalité quotidienne que les civils ont subie de 1991 à 1999. En refusant de prendre clairement position, le film n’est pas vraiment abouti. Lancé dans une voie intéressante il s’arrête malheureusement en chemin et laisse le spectateur en chemin, choqué par ce qu’il vient de voir mais manquant d’éléments de réflexion.
Disséminées de part et d’autre du documentaire, les sept minutes de violence à l’état brut que l’équipe a choisi d’insérer répondent à un choix déontologique de montrer les images sans en atténuer l’horreur, car selon Philippe Diaz, "la seule manière de comprendre, de sentir, de ressentir physiquement et émotionnellement la violence que nos états utilisent au quotidien de par le monde, est de la voir, d’en être le témoin et, c’est ça le pouvoir du cinéma". Certains crieront au voyeurisme malsain, d’autres soutiendront cette dénonciation par les faits. Car c’est de cela qu’il s’agit, le double rôle de l’image, celle que l’on utilise pour manipuler les esprits, mais aussi le seul moyen pour faire connaître une population en souffrance. Le cas sierra léonais n’est en ce sens pas le seul exemple et c’est ce que le sous-titre Quelque part en Afrique met en avant. Si le film de Philippe Diaz est critiquable par certains de ses aspects, il est néanmoins l’un des rares à confronter le spectateur aux ravages de ce nouvel ordre économique mondial, et aux conséquences de la manipulation des médias.