Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

BETSY BLAIR
Actrice
Propos recueillis à Paris
en décembre 2004
Par Donald JAMES
Photos de Guillaume CARRE

Qui connaît Betsy Blair ? Qui se souvient de Marty de Delbert Mann, Palme d’Or à Cannes en 1955 récompensant « la belle humanité du film et l’interprétation de Betsy Blair et d’Ernest Borgnine » ? L’épouse de Gene Kelly, la gauchiste américaine blacklistée par le maccarthysme, l’amie intime de Simone Signoret et de Serge Reggiani, publie ses mémoires dans Le souvenir de tout ça (1). Loin des confidences à scandale sur les dessous d’Hollywood, Betsy Blair revient sur les trente premières années de sa vie où à chaque épisode rayonne un horizon de conte de fée.

Plus qu’une biographie de la femme de Gene Kelly, Le souvenir de tout ça est un livre tendre sur les années people d’une jeune fille gâtée. Où elle rencontre George Cukor, Stanley Donen, Orson Welles, Tennessee Williams, Jules Dassin, Antonioni et Garbo. Où elle croise Marlène Dietrich dans un avion, Marguerite Duras à la terrasse d’un café, Picasso au coin du feu...



Objectif Cinéma : Comment une jeune femme de dix sept ans issue d’une petite ville du New Jersey rencontre-t-elle Gene Kelly ?

Betsy Blair : Tout commence avec ma mère. Ma mère était institutrice. Elle était formidable. J’étais dans son école, une petite école. J’ai fini les études ordinaires à quinze ans. J’avais une bourse pour aller à l’université mais j’étais émotionnellement trop jeune. J’avais un an à attendre. J’ai vu dans un journal un appel pour une audition à New York. Nous étions dans une ville juste en face de New York. J’ai dit à ma mère que je voulais faire ça. Comme toutes les jeunes filles américaines je prenais des cours de danse. Dans ce temps là on n’avait pas de loisirs et de cours dans d’autres domaines. Mon père voulait que je fasse des études de sténographie mais je n’avais pas du tout envie d’être secrétaire. Ma mère m’a prêté son rouge à lèvre. Et j’ai été prise.

J’ai tout de suite eu un travail avec quinze autres filles en tant que Chorus Girl où je gagnais 35 dollars par semaine. La boîte de nuit dans laquelle nous dansions a fermé au bout de trois mois. Cette boîte fonctionnait avec l’argent de la mafia. Ils ont disparu d’un jour à l’autre juste avant Noël. J’ai pensé alors que j’allais devoir me retourner vers la sténographie. Et puis j’ai reçu une carte postale qui m’invitait à une audition. Je pensais être reconnue, je pensais être invitée personnellement. Je suis arrivée, il n’y avait personne sauf un jeune homme qui bougeait les chaises et les tables. Pour moi il s’agissait d’un garçon qui travaillait là. J’ai demandé où se trouvait l’audition et il m’a répondu que l’audition était pour le lendemain. Alors j’ai sorti mon invitation pour la lui montrer, en lui disant vous voyez, c’est pour aujourd’hui, on est bien le 9 ! Et il m’a répondu que non, que le 9 c’était le lendemain. Je me suis retournée pour partir. Alors il m’a appelée, il m’a demandé si j’étais danseuse. J’ai dit oui, et il m’a demandé si j’étais une bonne danseuse, et là je me suis retournée vers lui en disant « Je suis une très bonne danseuse. »