Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

LA SERIE DES GODZILLA
Par Cyril JOHANNEAU

OH, MY GODZ Y’A PAS D’LEZARD !

Venant à peine de souffler ses 50 bougies en grande pompe avec édition DVD et sortie d’un nouvel opus, Final Wars, Godzilla est aujourd’hui à la tête d’une filmographie impressionnante et haute en couleur - du blockbuster au film pour enfants, en passant par un certain nombre de navets. Un demi-siècle plus tard, un bilan en forme de portrait en pied ne s’impose-t-il pas pour le roi des monstres, créature phé-no-mé-na-le à la résonance lourde de sens au Japon, et particulièrement triturée sur le marché occidental ?



Godzilla, né le 3 novembre 1954, date de sortie du premier film de la série, trouve son origine dans une folie humaine, le traumatisme nucléaire. En mars 1954, un bâteau de pêche japonais fut exposé aux retombées d’un test nucléaire américain à proximité de l’atoll de Bikini. Cette affaire connut un retentissement considérable dans le Japon d’Hiroshima et Nagasaki, empêtré après la guerre dans un jeu complexe d’amour-haine avec son mentor américain. Elle servit de prétexte à Tomoyuki Tanaka, un admirateur de King Kong, et producteur des studios Toho qui, dix ans plus tôt, diffusait encore la propagande de l’armée impériale nippone.

Ajoutez à cela la volonté plus légère, dès le début des années 50, de concurrencer les Etats-Unis sur le terrain des films catastrophe mettant en scène d’immenses créatures. Toho décide de se lancer sur ce marché, motivé par les succès de la redistribution japonaise de King Kong et de films américains tels que Les Monstres des Temps Perdus (The Beast from 20 000 fathoms, 1953) d’Eugène Lourie, source d’inspiration plus que manifeste puisqu’un dinosaure refait surface et menace Manhattan après une explosion nucléaire...

Le roi des monstres japonais, qui tire son patronyme de la contraction de gorille (gorira en japonais) et de baleine (kujira), est un dinosaure né en mer et fruit de mutations génétiques entraînées par les expériences nucléaires américaines. Le premier film de la série fait le récit de cette naissance symbolique ; la version américaine, remontée l’année suivante à partir des mêmes images, est beaucoup moins explicite sur ce point : le film est amputé de près de vingt minutes, celles qui justement donnent toute sa profondeur au film original, qui prêtent à réfléchir. Jugées choquantes pour le public américain, elles n’ont été que récemment restaurées en France.