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QUAND ON SERA GRAND
de Renaud Cohen
Par Cyrille GUERIN

SYNOPSIS : Simon, la trentaine, issu d’une famille de juifs séfarades, partage sa vie entre son métier de journaliste à Tabac Magazine, sa copine Christine avec qui il n’arrive pas à avoir d’enfant et ses amis Fabrice, Léa et Roché. Côté famille, il a quelques comptes à régler avec son père psy, mais il prend surtout soin de sa grand-mère qui perd la tête et rend la vie impossible à son entourage...



POINT DE VUE

Il est des films pédés qui s’ignorent ou qui, à force de ne pas vouloir consciemment déranger les bonnes moeurs hétéro, se diluent dans le conformisme le plus hilarant. Quand on sera grand appartient à cette classe relativement hypocrite refusant de heurter et qui, néanmoins, montre qu’on n’est jamais trop aidé dans la vie. Sacrée solidarité !

Depuis que de saints amendements ont eu le mérite d’aborder la question de l’homosexualité sans peur et sans reproche, depuis que ces mêmes décrets de loi ont vulgairement banalisé la communauté homos (un pédé ou une goudou, messieurs dames les législateurs sont pourtant bel et bien différents, et ils en sont plutôt fiers : faudra-t-il vous l’inscrire dans le crâne à coups de burin ?), l’on assiste à un déferlement, contrôlé - que les chaumières se rassurent, de films homos. Avant que l’on ne débatte socialement de ce substrat sociologique hautement important (nous sommes tous des homos), les oeuvres rattachées au corpus homos étaient cantonnées à un petit enclos bien délimité. Ozon et Lifschitz, entre autres perturbateurs autorisés à investir un périmètre d’exploitation incontestablement plus vaste que par le passé, ont intelligemment assiégé une forteresse grand public qui, jusqu’à il y a peu, était monopolisée par une pensée monolithique. Le circuit dont bénéficient les films de ces deux réalisateurs est, il est vrai, moindre comparé à de gros bestiaux comme La Verité si je mens 2. Car, le léger handicap dont souffrent leurs longs-métrages respectifs réside dans l’identification rapide et l’étiquettage imbécile de leur travail. Pour ces motifs, Gouttes d’eau sur pierre brûlante et Presque rien (Lifschitz est à un niveau de provo homo nettement supérieur à celui de son collègue) ont dû, malgré un effort d’ouverture, se contenter, comme d’habitude, des miettes. Ne parlons pas des Vies brûlées et autres O fantasma qui, grillant tellement de feux rouges autoritaires, en sont réduits à lécher lamentablement les miettes laissées par leurs compères.

En ces temps de fusions et de rapprochements à tout va, une nouvelle mouture du film pédé fait son apparition dans les cimes du box-office. Particularité de cette catégorie : ne pas montrer de personnages homos. Dans l’actu encore récente, on peut citer des exemples comme Will Hunting du très pas hétéro du tout Gus van Sant, Le Pacte des loups de Christophe Gans et, aujourd’hui, "Quand on sera grand" de Renaud Cohen. Le plus détestable des trois est le premier cité. Quand van Sant nous envoyait des nouvelles aussi réjouissantes que My own private idaho, on s’extasiait. Mais depuis qu’il a viré sa cutie, corrompu par Miramax, le traître déverse de gentils scénarii ne pétant pas quatre pattes à un canard comme "Will Hunting". Ce dernier, parfait archétype du film pédé qui se coupe les couilles, met en scène un personnage totalement homo en creux mais qui, pour de sombres raisons de rentabilité, ne baise pas avec un mec mais une meuf. Honteux. Le Pacte des loups et son impressionnante recherche de pères est typiquement homo dans sa démarche métaphysique. Quand on sera grand a lui aussi le postérieur entre deux chaises intentionnelles. La faute au système.