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Mon gars Simon habite Belleville, quartier popu de l’est parisien. Bobo à plein temps, il bosse par ailleurs dans un canard pro tabac. Bon, c’est sans compter sur sa copine (ah, ah, ah !), ses multiples potes et sa famille. Canevas diegétique des plus palpitants, n’est-il point ? Simon a ce petit trait de caractère assez exaspérant pour son entourage proche et lointain : il n’apprécie guère les règles installées, les conventions acquises et les idées toutes faites. Il n’y a pas de hasard : le jeune homme est journaliste. Les membres de cette corporation, quand ils n’ont pas été complètement rachetés par des Messier ou des Pineau castrateurs, grincent quelque peu des dents lorsqu’ils ont le sentiment d’avoir à faire à des esprits hermétiques et fermés. Ils ne peuvent s’empêcher de mettre leur grain de sel. Ils sont payés, mal, pour être chiants. Mieux vaut être rémunéré une misère pour accéder à une forme de liberté que pour s’astreindre à des tâches laborieuses en usine, n’est-ce pas ? (vous connaissez mon e.mail, amis bienséants). Simon est déjà propriétaire d’accointances avec la désobéissance alors même que l’action vient à peine de se pointer sur le devant de la scène. Parallèlement à ces dispositions attrayantes, reconnaissons-le, Simon a un papa avec lequel il est assez distant. Non pas qu’il veuille le tuer (Oedipe n’hérite que de la partie figuration), mais il s’installe parfois sur le divan du géniteur qui, hasard (ou coïncidence), s’avère être un psychiatre. Ce lascif et austère objet devient vite une source d’enquête pour le protagoniste coiffé à la Brit pop (cheveux gras et joliment hirsutes façon Lennon clné, sans compter l’indispensable instrument révélateur d’une cogitation tourmentée que représentent les binocles là encore piquées dans la garde-robe mainstream du Beatle assassiné) qui dégote dans ses pensées allongées un lieu possible de la matrice. En quête, Simon l’est assurément, lui qui cristallise tous les intervenants orbitaux de son existence. Les homos ne sont-ils pas de parfaits confidents, eux qui, a priori, ne connaissent pas les soucis du couple ? Pêle-mêle, il y a le pigiste coureur de jupons délaissant sa girl friend nippone pour une Black qui, à son tour, finira par le congédier ; la lesbos qui, "écoeurée par l’humanité" et les incompréhensions que la maudite génère, tente une escapade furtive avec un gus, lequel quidam, martyrisé par un instit dans sa tendre jeunesse, s’entichera, amicalement s’entend, de Simon. Boucle bouclée.

Facteur commun de ces trois compagnons de route de Simon : une attirance, avouée ou en filigrane, mais certaine pour les personnes du même sexe. Cette constante va crescendo dans les derniers instants du film : la copine gouine reviendra aux joies du broutte-gazon ; le poto journaleux tirera sa révérence non sans avoir frontalement répliqué à l’aimable assistance son mépris du couple (une notion que les homos, dans leur générosité affective, ont peu à peu mise sous les verrous) et Rocher, enfant martyr dont les blessures juvéniles vont être rouvertes par Simon, finira par présenter toutes les caractéristiques du bon vieux pédé refoulé. Et le héros lennonisé de fortune, largué par sa nana donc possiblement ouvert à un format de séduction un peu plus insolite, achèvera son périple dans une chambre d’hôpital avec pour ultime visiteur... Rocher. Conclusion sans doute due au hasard ? "Quand on sera grand" baigne dans une grande marmite d’allusions bien précises qui, humidifiées par une douche écossaise de convenances à l’égard de la frange à laquelle il semble être destiné, étouffent le véritable propos de ce premier film dont la récompense, dans un tel contexte de prudence, par le prix du public lors de l’édition 01 de Premiers Plans ne nous coupera pas la chique. En outre, le voisinage dans la frilosité à exhiber au plus grand nombre la pertinence de la problématique homosexuelle avec Intimité de Chéreau est, à ce niveau de manque de témérité adulte, frappant. De fait, le scénario biscuits-trempés-dans-du-café-au-lait-caillé de Cohen ne repousse aucune limite. S’il possède l’intérêt indéniable de secouer quelques cocotiers, c’est en toute tranquillité qu’il s’adonne à cet exercice sans risque d’anévrisme ou de torgnole dans le leurre ambiant. "Quand on sera grand" fait conséquemment écho à ces fantaisies locales et fastidieuses qui font florès actuellement dans la programmation des salles, tel "On appelle ça le printemps". Les crises d’adolescence attardées qui touchent les personnages de ce pan trentenaire et désabusé de la production française s’endorment vite sur les lauriers nourris au Prozac d’une fronde qui, aussitôt fantasmée, est immédiatement appelée à la mettre en veilleuse. Ce sont des oeuvres parenthèses dont la seule audace, larvée, est de les ouvrir outrageusement mais de les refermer aussi sec. Quand on sera grand, on ne souhaite pas ressembler à cette impetuosité aphone. On ne veut pas devenir... gland. Dessiner des moutons vaut mieux que d’évoluer dans le troupeau aphteux.






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Réalisateur : Renaud Cohen
Scénariste : Renaud Cohen, Eric Veniard
Avec : Mathieu Demy, Amira Casar, Maurice Bénichou, Louise Bénazéraf
Compositeur : Frédéric Galliano, Krishna Levy
Directeur de la photographie : Pierre Milon
Ingénieur du son : François Maurel
Costumière : Tania Shebado-Cohen
Directeur artistique : Frédéric Bénard
Monteur : Sophie Brunet
Chef décorateur : Frédéric Bénard
Producteur : Laurent Lavolé, Isabelle Pragier
Production : Centre national de la cinématographie (CNC)
Distribution : Océan Films