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LA HORDE SAUVAGE
de Sam Peckinpah
Par Nicolas CHEMIN

SYNOPSIS : Au sud du Texas, Pike Bishop et ses hommes s’apprêtent à attaquer les bureaux de la compagnie de chemin de fer. Mais Duke Thornton et ses chasseurs de primes les attendent au tournant. Un bain de sang se prépare...


LES MORTS QUI MARCHENT

Trente ans après sa production (1968), le chef d’oeuvre de Sam Peckinpah est enfin visible en France et en salles dans sa version director’s cut. « La Horde sauvage », succès publique et critique n’a pu que souffrir de la reconnaissance entravée de son cinéaste maudit. Peckinpah, s’il est honoré par nombre de ses pairs néanmoins fils prestigieux (Scorsese, Woo, Tarantino, Kitano le revendiquent...), ne possède pas l’aura glorieux des légendes passées. Il est pourtant l’auteur génial de nombre de grands films : à « La Horde sauvage » il faut ajouter « Coups de feu dans la sierra », « Les Chiens de paille », « Pat Garrett et Billy le Kid » ou « Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia », également visible dès le 25 avril dans le réseau Action Gitanes.

Considéré comme le meilleur film de Peckinpah, « La Horde sauvage » repose incontestablement au panthéon du western. Il en est la sépulture, témoin tardif de la mutation de l’ouest médiéval en une féodalité moderniste, où l’idéologie a digéré les traditions. Il met en scène un groupe de tueurs, la horde sauvage, qui éprouve en ce début de vingtième siècle le changement de leur univers dépassé. Westerners vieillissants peuplant un ouest qui ne leur convient plus, ils avouent : « Faut réfléchir plus loin que nos fusils ; les beaux jours tirent à leur fin... ». Mythologie du dernier coup avant la retraite, ultime chevauchée souvent fatale. Ceux-là n’y perdent pas la vie, mais leur amour propre. Piégés, ils n’emportent comme butin que des rondelles de fer, au terme d’une scène d’ouverture magistralement chorégraphiée au rythme de la violence. Le ballet de Peckinpah revendique sa richesse. La scène d’action est décomposée en une évolution et des enjeux internes lorsque chez d’autres elle n’est que bouffissure de passivité débridée (paradoxe de la scénarisation spectatorielle) qui explose ou implose en attendant le bilan narratif. Ici, Peckinpah organise sa boucherie pour y faire vivre ses personnages. Ils s’y dévoilent (vautours), y communiquent (du regard), sont métaphorisés (entomologie peckinpienne, du scorpion aux fourmis), icônisés (affrontement ostensiblement Infernal)... Qu’il s’agisse de la horde ou des chasseurs qui la traquent, l’éthique ne leur est pas favorable, inscrivant les images du cinéaste dans une violence faite picturale pour ne pas être magnifiée.