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COMEDIE DE L’INNOCENCE
de Raoul Ruiz
Par Sonia GIARDINA

SYNOPSIS : Camille, un garçonnet de neuf ans, mène une vie confortable dans l’appartement bourgeois de ses parents, et possède une petite caméra DV avec laquelle il filme ce qui lui chante. Le jour de son anniversaire, une anodine question amuse beaucoup sa mère, son père et son oncle, réunis autour de la table familiale : "et toi maman, tu étais où quand je suis né ?". La question est balayée par un sourire, mais les choses se gâtent quand Camille annonce à sa mère qu’il ne veut plus l’appeler "maman" mais par son prénom, Ariane. Un peu plus tard, il lui propose de lui présenter sa vraie mère. Celle-ci, dit-il, habite Paris, il connaît l’adresse, et veut y conduire Ariane. Cette dernière se prend au jeu, suit son fils et pénètre dans l’appartement de cette inconnue. Au mur s’étalent les photos d’un petit garçon, le fils de la propriétaire, mort quelques années auparavant



POINT DE VUE

Après la réalisation de Combat d’amour en songe, magnifique tapisserie de contes hypnotiques entre présent et passé, mystère et réalité, Bien et Mal, Raoul Ruiz a achevé Comédie de l’innocence. C’est une nouvelle étape dans une oeuvre difficilement qualifiable.

La productrice Martine de Clermont-Tonnerre lui a proposé la lecture d’un roman de Massimo Bontempelli, Figlio di due madri (Fils de deux mères) à partir duquel fut tiré le film. Ruiz a toujours été impressionné par l’univers surréaliste. Massimo Bontempelli, Alberto Savinio et Giorgio De Chirico en furent les représentants les plus reconnus dans le milieu culturel italien Ce côté fantastique, conçu comme région liminaire entre réel et surnaturel, l’a beaucoup attiré. Mais c’est surtout l’idée de la folie et du songe comme moyen de fuite du monde bourgeois, et plus encore le mystère et un mysticisme de la condition humaine qui furent repris d’une manière très personnelle par le cinéaste chilien.

L’ambiguïté et l’idée d’un sens définitif qui échappent sont des thèmes déjà présents dans Trois vies et une seule mort et dans Combat d’amour en songe. Ils sont au centre de Comédie de l’innocence. D’ailleurs, le titre lui-même nous révèle par la combinaison oxymorique de ces deux termes (comédie et innocence) la puissance du noyau conflictuel du film.

Le jour de son neuvième anniversaire, Camille (Nils Hugan), qui a grandi au sein d’une "tranquille" famille bourgeoise, pose à sa mère, Isabelle Huppert, une question troublante : "Et toi maman, tu étais où quand je suis née ?". C’est à partir de ce moment-là que "’l’innocent" Camille devient l’auteur et surtout le manipulateur de la comédie à trois personnages. Quelques jours plus tard, Camille décide d’appeler sa mère par son prénom, Ariane, et de vouloir rentrer chez sa vraie maman, Isabelle (Jeanne Balibar), dont il connaît non seulement la maison, mais aussi toute la vie. Obligée par Camille, Ariane pénètre dans l’appartement de l’inconnue où elle découvre que cette femme avait un fils, Paul, mort quelque temps auparavant. Et c’est là que la comédie de deux mères trouve son vrai début. Isabelle s’installe chez Ariane comme Jeanne Pollet dans la maison d’André Polonski dans le dernier film de Chabrol, Merci pour le chocolat. C’est le départ d’une histoire vertigineuse et mystérieuse résolue seulement à la fin par une explication rationnelle. Explication qui nous révélera l’essence d’un film fondé sur des "mensonges", vrai visage du quotidien.