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UN JEU D’ENFANTS
de Laurent Tuel
Par Cyrille GUERIN

SYNOPSIS : Marianne, une traductrice, vit avec Jacques, son mari, et ses deux jeunes enfants, Aude et Julien, dans un vaste appartement dont elle vient d’hériter. Un soir, elle reçoit la visite d’un couple étrange qui a habité ce lieu. Après leur venue, une série d’événements mystérieux et dramatiques pousse Marianne à croire que ses enfants sont possédés. Jacques sombrant peu à peu dans la folie, elle s’acharne à connaître la vérité pour ainsi sauver sa famille...



RECRE A DEUX

La France, l’autre pays du papier-collé, s’est piqué de Wes Craven et de sa descendance depuis que l’as Scream de 97 a sorti le film d’épouvante de sa léthargie et de sa paresse dramaturgique. Souvenez-vous l’été dernier, Promenons-nous dans les bois était censé redresser les poils de nos avant bras. Las, ce sont plutôt, et ce malgré les intentions de ce navet sans noblesse, nos zygomatiques qui ont fait le sale boulot. Un jeu d’enfants que l’on nous vend comme un produit ultra indie (Vivendi Univers-sale n’est pas très loin, Canal ayant mis des sous dans l’escarcelle) poursuit le travail de sape engagé il y a un an et démontre que, décidément, l’exception culturelle a un bon quintal de plomb dans les ailes.

A force de vouloir épater une figure paternelle que la France, dans toutes ses expressions, semble s’être trouvée en 1945, lors du Débarquement, en les Etats-Unis d’Amérique, la patrie du bon goût (de Godard à Gans sans moquerie aucune) risque de bel et bien finir dans le fossé, peut-être même dans une crevasse, cette falaise qu’un chauffard complètement ivre ne peut plus éviter. Fatalement ? Il est des conducteurs en état d’ébriété qui ont néanmoins une certaine classe, un sens de l’excès maîtrisé, et qui n’oublient pas leur papiers au bistrot. De fait, lorsqu’ils se font arrêter par les condés, ils échappent au précipice. La France n’est pas James Dean. Elle ne possède pas l’élégance traumatisée et écorchée d’une telle légende. Quand son cinéma appuie sur l’accélérateur, au mieux il finit contre une panneau de signalisation après une série de tonneaux (ceux que notre jeunesse en mal de sexe effectue, navrante, le samedi soir en conclusion d’une virée imberbe au Macumba). Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, et sa modestie calcinée, n’est-il pas une énième illustration de notre troublante aptitude à nous bouffer les parties génitales scénaristiques : Jeunet voulant imiter Capra. La cour des miracles existe, quatre millions de bouffons, dont une bonne partie de notre rédaction (dans le cadre d’une séance public et non d’une projo de presse), y ont pénétré. Alerte rouge : même Besson ne parvient pas à tirer son épingle du jeu qui, armé de ses productions intellectuellement douteuses, se mutile en avançant dans une fange mal engraissée. Y a-t-il péril en la demeure ? Un homosexuel refoulé met-il en danger sa compagne et ses enfants ? Est-il irresponsable ? Probablement. Un jeu d’enfants porte-t-il atteinte à la probité de notre cinéma ? A la justesse d’un Chabrol ou d’un Ozon ? Sans conteste, oui.