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LA VIE EST
UN MIRACLE

d’Emir Kusturica
Par Nadia MEFLAH

SYNOPSIS : Bosnie, 1992. Luka, ingénieur serbe venu de Belgrade avec sa femme Jadranka, chanteuse d’opéra, et leur fils Milos, s’est installé dans un village au milieu de nulle part afin d’y construire la ligne de chemin de fer qui transformera la région en haut lieu touristique. Tout à son projet, aveuglé par son optimisme naturel, il reste sourd aux rumeurs de guerre de plus en plus persistantes. Sa vie bascule quand le conflit éclate. Jadranka a disparu au bras d’un musicien tandis que Milos est appelé sous les drapeaux. Toujours optimiste, il attend le retour de sa femme et de son fils, mais Jadranka ne revient pas, Milos est fait prisonnier et les militaires serbes confient à Luka la garde de Sabaha, otage musulmane. Très rapidement, il tombe amoureux de la jeune femme destinée à être échangée contre son fils...



A CORPS PERDUS

Pour Kusturica, comment s’entremêle l’histoire intime à celle de la Grande Histoire ? Comment filmer cette sale guerre de l’ex-Yougoslavie en tentant de maintenir l’équilibre constant entre les Serbes et Bosniaques, sans chuter dans le règlement de compte rance et suspect ? En 2001, il y a eu Danis Tanovic avec No man’s land, en 1998 Goran Paskaljevic signait un film sombrement superbe Baril de Poudre. Avec ce film, où la vie semble innerver chaque plan et chaque photogramme, le cinéaste a délibérément rétréci son champ d’horizon pour mieux scruter (je dirais zoographier tant le récit piaille et coasse de toute l’humanité animalière) de l’intérieur une famille serbe.

BOUCHE A BOUCLE

Comment formellement filmer les ravages de ce temps de guerre ? En bouclant et bouchant tout un chacun des personnages sommés de venir faire sa ronde devant nous. Chez Kusturica, le motif c’est une ronde et son l’entrecroisement : des corps, des fluides, des désirs. Et où l’organique se révèle comme essentielle trace de vie d’un temps historique. Cycle de vie, cycle des saisons, machine infernale du train de cinéma, autant de métaphores filées à toute allure, que le cinéaste affronte dans une double veine burlesque et mélodramatique. Avec une temporalité bloquée, ou plus précisément quasi a-temporalité animale opposée au rétrécissement de l’horizon d’attente (nulle échappée possible) si ce n’est justement l’utopie de l’amour. Dès lors, c’est du côté du trivial, de l’obscène (qui vient sur scène, s’exposer au risque de sa peau), du pathétique et du ridicule, mais aussi de la poétique et de l’épique que se niche l’écho de cette sale guerre.