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MELANCOLIQUEMENT JOYEUX, DAMIEN ODOUL
Brève évocation de son cinéma
Par Bernard PAYEN

Le cinéma de Damien Odoul nous habite. Difficile de faire autrement. Difficile d’y échapper quand on est sensible aux déflagrations intimes des âmes errantes et solitaires qui peuplent ses films. Quatre longs métrages en douze ans, une poignée de courts métrages. Une trilogie du double, celui qui nous ressemble, celui que l’on fuit : un autoportrait en trois films (Morasseix, Le souffle, Errance) et un Noé mélancoliquement joyeux, équilibriste de la vie (En attendant le déluge).



Damien Odoul, 35 ans, cinéaste du secret, poète panthéiste, hédoniste, lyrique. Des films ancrés dans la terre, traversés par la pluie, qui ne se révèlent jamais vraiment, des films de mystère que l’on ressent, des personnages qui échappent. César (personnage central de ses trois premiers films, à trois âges différents de la vie), Jean-René (En attendant le déluge), ont pour arme de survie leur mélancolie. Celle qui permet d’affronter le réel sans artifices. Pris à des âges clés de leur vie (l’enfance réelle dans Errance ou "rejouée" comme dans Morasseix, l’adolescence (Le souffle) ou à l’approche de la mort (En attendant le déluge), ils se protègent dans leur solitude. Cette solitude semble inexorable même si elle se teinte parfois d’espoir (la disparition hors-champ de César, sautant de la fenêtre à la fin du Souffle) et de burlesque (En attendant...).

Les personnages principaux des films de Damien Odoul sont des hommes qui chutent pour se relever presque aussitôt (jusqu’à leur mort), des enfants mutiques et rêveurs ou des adolescents attendant leur heure, conscients des possibilités de leur destinée. Toujours en silence, toujours en solitude, se méfiant parfois des femmes, les aimant souvent totalement, même fugitivement. Des personnages « blessés à vie », rendus plus fort « par ce qui ne les a jamais tué ». On se souvient de cette image de l’enfant du Sacrifice de Tarkovski à la fin du film, de ce gamin qui rêve au pied d’un arbre, et l’on se dit que tout le cinéma de Damien Odoul semble s’être construit à partir de ce plan de cinéma.

Ses films avancent par à-coups, à l’emporte-pièce, en prises de risque permanents. Ils sont impétueusement irrigués par le sentiment brut de l’enfance, ce sentiment sauvage de ne rien devoir à personne et qui permet le plaisir et l’audace. En attendant le déluge participe du cinéma comme aventure, celle dont on ne connaît pas l’issue mais dont on mesure l’intensité des moments. Pierre Richard joue Jean-René, un châtelain qui fait appel à une troupe de théâtre pour distraire ses derniers moments. Le film trouble, marque, émeut durablement tant les sentiments y sont à vif.