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HONKYTONK MAN
De Clint Eastwood
Par Nadia MEFLAH

SYNOPSIS : USA, 1938. Red Stovall est un compositeur interprète qui traverse le pays en chantant ses chansons tristes et mélancoliques dans les bars. Alcoolique et tuberculeux, il ne veut pas se faire soigner. Marginal, il se met sans cesse en rupture avec les lois sociales. Sa famille vit en Oklahoma. C’est la sécheresse. Les agriculteurs sont ruinés. Les parents de Red veulent partir en Californie, sauf le grand-père qui désire retourner dans son Tennessee natal pour y mourir en paix. Whit (14 ans) rêve d’accompagner son oncle Red jusqu’à Nashville où ce dernier doit auditionner au Grand Ole Opry. L’adolescent et le chanteur s’aiment beaucoup. Whit conduit sa voiture, l’emmène au Tennessee et découvre la nature de cet homme. Red lui apprend à boire et à jouer de la guitare.

Une jeune fille (Marlène) rejoint la bande, mais le groupe éclate à propos d’une panne de voiture. Grand-Père finit le voyage en bus. Marlene s’en va. Whit doit assister son oncle.Parvenu à Nashville, Red auditionne dans un état physique déplorable. Sa santé l’empêche d’être engagé au théâtre. Mais des gens de New York lui proposent de graver ses chansons dans la cire. Avec un forfait pour chaque disque enregistré. Malgré l’interdiction du médecin, Red accepte le contrat.


HONKYTONK MAN OU L’INESTIMABLE OBJET DE LA TRANSMISSION

"C’est la parole qui fait la filiation. C’est la parole qui la retire". Aphorisme du Burkina-Faso.

Honkytonk Man raconte deux histoires de mémoire. La première est celle du cinéma américain classique, dont l’enjeu était de se raconter sa propre mythologie ; l’histoire portant le sens en elle-même, lisiblement, destinée à un peuple neuf de nouveaux émigrants venus pour construire une nouvelle vie, fondée non pas sur la grande Histoire comme en Europe, mais plutôt sur des utopies naïves car simples : la liberté et le bonheur de l’individu par le travail et l’action. L’autre histoire concerne directement l’artiste : Clint Eastwood joue et fait jouer son propre fils dans une histoire de filiation, la fiction devenant le lieu privilégié de l’intime où le corps de l’artiste engage tout son cinéma. Dans chaque film de Clint Eastwood, "jouer" devient un acte de mise en scène par lequel son image est constamment mise en péril, se dédoublant pour mieux exister. C’est le thème d’Honkytonk Man : comment le corps de l’autre (Whit-Hoss, l’enfant interprété par son propre fils, Kyle Eastwood) devient sujet de sa propre histoire grâce au cinéma. Le cinéma devient ainsi le lieu de la citoyenneté, et le spectateur comme l’enfant suivent un trajet initiatique fondateur. Si le cinéma est plus que la réalité, c’est qu’il prend en charge la fonction politique et poétique du mythe : la construction d’une identité reposant sur le récit que se raconte une communauté particulière. C’est donc une question d’identification, et le cinéma, dès son origine, s’est construit sur le principe de la reproduction technique de la réalité enregistrée. Cette image de la réalité est devenue une force imaginative puissante, où le spectateur est pris dans une continuité scénaristique tablant sur l’identification. Le cinéma ne serait qu’une grande histoire des corps racontant l’Histoire...