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DVD

CRUMB

De Terry Zwigoff
Par Alexis LABALLERY

SYNOPSIS : Portrait du dessinateur Robert Crumb par Terry Zwigoff. Créateur des personnages de Fritz the Cat ou de Mister Natural, Crumb est un maître de la bande dessinée contemporaine. Le documentaire suit l’artiste avant son déménagement vers la France au début des années quatre-vingt-dix. Pour ce film, Terry Zwigoff a remporté en 1995 le Grand Prix au festival de Sundance.



POINT DE VUE

San Francisco, 1967. Robert Crumb et son épouse écument les trottoirs et libraires de la ville pour vendre le numéro zéro de Zap, premier représentant officiel de ce qu’on appellera plus tard les comix. En peu de temps, Crumb devient malgré lui l’un des pères spirituels de toute une contre-culture qui explose alors dans tous les domaines. Chantre de la bande dessinée dite underground, la renommée de Crumb va rapidement faire le tour du monde ; ses bandes subversives vont provoquer les foudres des censeurs, alarmer les bonnes familles américaines, et titiller méchamment les ligues féministes.

Quelque trente années plus tard, l’underground de Crumb s’est finalement extirpé du souterrain pour envahir les rayons « Grands Classiques ». S’il dérange encore, Crumb est devenu un artiste à part entière, admiré et respecté. Dans ce film de Terry Zwigoff, on le compare tour à tour à Bruegel, Goya, Daumier, Céline... Des auteurs phares comme Alan Moore ou Chris Ware l’adulent, et pas une année ne se passe sans qu’une exposition soit organisée quelque part dans le monde. C’est que le travail de Crumb a révolutionné la bande dessinée outre-atlantique, et a fini de faire passer le media vers l’âge adulte. Le créateur de Fritz the Cat a montré que l’on pouvait utiliser les planches comme de redoutables outils de contestation. Il a aussi été l’un des premiers à se mettre en scène, à raconter ce qu’était sa vie, ses plaisirs et ses souffrances. Son humour tour à tour grinçant, absurde ou grossier lui permettent de traiter de tous les sujets avec la même fausse désinvolture, et derrière son trait tout rond, immédiatement lisible, peuvent se cacher les pires horreurs (drôles ou inquiétantes).

Après neuf années de travail au corps, Terry Zwigoff parviendra à convaincre son ami, timide maladif, de se laisser filmer. Les choses se concrétiseront alors que le dessinateur et son épouse préparent leur départ pour le Sud de la France où ils résident aujourd’hui. Zwigoff filme donc les derniers mois de Crumb aux USA, le retour à Philadelphie où il a grandi, les retrouvailles avec ses frères et sa mère. De nombreux témoignages émaillent le documentaire : journalistes, dessinateurs, anciennes petites amies... L’univers de Crumb est largement appréhendé, tentant de cerner au plus près le caractère et les motivations du génial auteur. Tout ce qui fait Crumb est ainsi approché, et derrière les légendes, se dessine peu à peu le « vrai » Crumb. On tord ainsi le cou aux rumeurs les plus fortes : si Crumb est intronisé mystic hippie au panthéon du flower power, l’homme n’a que peu de choses à voir avec cette culture. Lui c’est avant tout Mister Nostalgia, le blues, les 78 tours et les Disney en noir et blanc ; Grateful Dead ou Woodstock c’est une autre planète que le dessinateur, plus énervé qu’amusé, observe derrière ses épaisses lunettes.