LA PRISE DE POUVOIR PAR LOUIS XIV De Roberto Rossellini
Par Matthieu Chéreau
SYNOPSIS : Le royaume de France, en 1661. Le cardinal Mazarin se meurt. Il souhaite s’entretenir avec Le Roi Soleil, le jeune Louis XIV, âgé de 23 ans, avant de mourir. Leur conversation rassure l’agonisant : le Roi saura se montrer à la hauteur de la tâche qui l’attend.
POINT DE VUE
C’est entendu, le film est tout sauf le récit de l’aventure ayant menée Louis XIV sur le trône. Il y est en effet moins question d’aventure que de moments privilégiés, presque saisis sur le vif, éparpillés et détaillés. Ici, l’approche documentaire prime sur le romanesque, chaque scène se donne le temps de parler du temps d’alors, de la manière dont on y vit, pense et se comporte. C’est donc d’un film ethnologique qu’il s’agit, qui compose avec la nécéssité de raconter l’Histoire (et une histoire, pour la télévision) tout en imposant son rythme, une autre approche de l’Histoire.
Le film voit donc chacune de ses scènes débuter lentement, décrire un quotidien très ritualisé, puis se clore séchement, pour amener l’autre scène et faire ainsi progresser le film. Les préoccupations éthnologiques de Rossellini cohabitent de fait avec les contraintes propres aux films télévisés. Le film en sort déséquilibré, ici généreux, documentaire, là construit et coupé. Ce n’est pas le moindre mérite de Rossellini d’avoir aussi tôt saisi les enjeux et les promesses de la télévision, seulement observe-t-on déjà dans ce film deux forces antagonistes à l’œuvre : celle qui offre et celle qui coupe, celle qui donne à voir et celle qui montre, celle qui décrit et celle qui dit. Au-delà d’un aspect proprement documentaire, le film reléve bien souvent du récit des douze travaux d’hercule, décrivant la marche inéluctable du Roi vers le trône, sans nous épargner souvent ses grandes devises et principes. Aucune leçon ne nous est pour ainsi dire épargnée. Après tout, les conseillers historiques semblent bien tenir à ce grand roi, et à ses grandes idées, suffisamment au moins pour leur donner dans le film un écho clair et non moins redondant.